« L’adolescence est difficile pour beaucoup. Pour Albert W., jeune étudiant de Boston, l’adolescence s’accompagne d’un phénomène pénible : il pleut sur lui à tout heure et où qu’il se trouve. C’est à dire même à l’intérieur. Au début, son entourage était surpris, puis franchement amusé. Avant de trouver ça agaçant.
Bien entendu Albert souffre énormément de ces réactions. Alors que justement, il a tout d’un garçon discret, réservé, qui, à ce détail près, ne fait jamais son intéressant. Pour le psychologue du campus, Albert est un garçon perturbé. «Ses pluies sont l’expression de son malaise devant la vie et ses incertitudes. Chez la plupart des jeunes, on assiste à des éruptions de boutons, chez lui, il pleut. » La psychologie semble en effet au coeur du problème. L’expérience le prouve : si on place Albert qui est déjà timide, dans une position d’inconfort accru, par exemple un tête-à tête avec une fille, on constate que le pluie redouble. (Ceci explique que Albert ait si peu de succès avec les filles.)
Les plus grands scientifiques se perdent en conjectures à l’examen du cas de Albert. Et n’ont pu que lui recommander le port du parapluie en toute saison. Mais, s’il le protège du rhume, cet objet ne dissimule en rien son infirmité au regard du monde. Et Albert ne veut pas d’une prothèse qui soit une béquille, si je me fais bien comprendre. Pauvre jeune homme, splendide dans son isolement, attendant que finissent les troubles de la puberté. Son anomalie prive Albert de la plupart des loisirs des jeunes de son époque, lesquels consomment du courant électrique. Et comme, semble-t’il, personne ne se mouillera pour devenir son ami, Albert se consacre à la lecture. Ou bien il va à la piscine ou peint des aquarelles.
Un souvenir heureux d’Albert, c’est quand ses parents l’ont envoyé vivre dans le sud-est asiatique pendant la saison des pluies. Là, loin de chez lui et privé de ses complexes, Albert a cru enfin vivre. Mais une fois la mousson passée, les gens ses sont moqués. Plus récemment, ses parents l’ont placé dans une institution spécialisée. À défaut de l’en guérir, ils pensent avoir réussi à atténuer son problème. Et c’est vrai, Albert est presque heureux. Il s’est fait un ami en la personne du garçon sur qui il neige. Et croit même être amoureux de la fille sur qui il grêle. Et ce bien qu’elle ait la tête toute cabossée. »