Soigner sa préface

Vendredi 27 Janvier 2012 à 10:07 - Catégorie: Citations
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“Nous avons fait table rase de tout qui embarrasse un livre ; l’esprit, l’observation, l’originalité, l’orthographe même ; et ne voilà que du crime.

En moyenne, chaque chapitre contiendra soixante-treize assassinats, exécutés avec soin, les uns frais, les autres ayant le temps d’acquérir, par le séjour des victimes à la cave ou dans la saumure, un degré de montant propre à émoustiller la gaîté des familles.

Les personne studieuses qui cherchent des procédés peu connus pour détruire ou seulement estropier leurs semblables trouveront ici cet article en abondance. Sur un travail de centralisation bien entendu, nous avons rassemblé les moyens les plus nouveaux. Soit qu’il s’agisse d’éventrer les petits enfants, d’étouffer les jeunes vierges ou de désosser MM.les militaires, nous opérons-nous mêmes.”

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J’inaugure une hypothétique série d’articles autour du document, essentiellement pour des questions estudiantines et professionnelles. J’ai besoin de réfléchir au concept de document et comme je suis un esprit pragmatique, je vais en passer par l’objet lui-même.

Si j’y arrive, techniquement parlant, et que ça ne pose pas de problème au népalais en terme d’hébergement gracieux, je continuerai. Sinon… Ben… tant pis.

Seven billion est une infographie publiée sur le site  Masters Degrees Online, un site d’information destiné aux étudiants. Le document bénéficie d’une licence Creative Commons.

C’est du data design, c’est à dire (je crois) de la modélisation de données. J’ai découvert l’intérêt de la chose par l’intermédiaire du Nep qui n’est pas pas que mon ami, mon graphiste et mon webmestre mais aussi mon vulgarisateur  pour tout ce qui concerne les nouvelles technologies. Il  m’a, entre autre, fait découvrir de force  le travail d’Edward R Tufte, alors que c’est même pas traduit en français, non mais j’vous jure. J’avais évidemment déjà vu (et fait même, à l’école) du data design sans t’en rendre compte (des colonnes pour la pluviométrie et des courbes de température, passionnant) : j’étais jeune et fort soucieux car autour de moi les femmes étaient jeunes et fort souciantes. Depuis, j’en ai croisé du data design en lisant des journaux et de la vulgarisation scientifique parce que les mauvaises fréquentations, ça se cultive. Tufte démontre (dans le peu d’articles que j’en ai lu) que le data design ne sert pas uniquement à modéliser  des données pour visualiser plus simplement des informations ou pour vulgariser des savoirs mais aussi à prendre des décisions justes (comme dans le cas de l’explosion de la navette Challenger en 1986, cas dans lequel si les documents d’analyse des risques avait été correctement pensés et réalisés personne n’aurait compté à rebours, il n’y aurait pas eu d’explosion et à l’heure qu’il est, on botterait le cul des aliens, planqués derrière la bannière étoilée) ou à construire des raisonnements (qui permettent à un médecin de circonscrire au sens propre et au sens figuré une épidémie de choléra à Londres – des cholériques au pays du flegme, on aura tout vu). Le data design peut donc être producteur de savoir.

Les données utilisées dans Seven billion proviennent toutes de documents numériques listés à la fin de l’infographie. Seven billion ne vaut pas tant par la clarté qu’il apporte à des informations simples – tout le monde est apte à se représenter le fait que chaque seconde alors que cinq êtres humains naissent, deux meurent – et ce même si certaine données complexes sont présentées lisiblement, mais bien par le discours que tient le document en juxtaposant de façon elliptique des unités documentaires graphiques dont l’articulation crée une forme discursive : on va tous crever de la surpopulation et de la surexploitation de la planète !  Le tout est mis en image avec un style SF parce que l’Apocalypse, une fois que tu as évacué Dieu, c’est une question de prospective et de Battlestar Galactica.

Quelques petits dessins forment un grand discours.

(Si vous cliquez sur le document, il devient plus grand.)

Seven Billion
Created by: Masters Degree Online

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Ouaich Gro : Joly portrait d’Eva

Lundi 28 Novembre 2011 à 16:38 - Catégorie: Imprévus de presse
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Nous avons un problème grave pour la prochaine présidentielle et ce  problème s’appelle Eva Joly.

Eva Joly est un homme politique français.

L’esprit rigoureux bute sur cette proposition.

D’abord, cet homme est une femme.

Ensuite, ce politique est un ancien juge, et Dieu sait, lui qui occupe les deux fonctions avec difficulté, combien il est compliqué d’être juge et Parti(e).

Enfin, cette hommelette est norvégienne. Née Gro Eva Farseth (ce qui pourrait encore passer) mais qui plus est à Motzfeld, elle a vécu sa jeunesse dans le quartier de Grünerlokka (je vous épargne le o barré). On a du mal à voir le point commun avec Bures-sur Yvette et Ménilmontant… N’en jetez plus, la France est pleine.

Si elle n’avait pas fini troisième au concours de Miss Norvège…

Gro Eva Joly est donc française par le mariage. On sait comme les jeunes français sont sensibles au charme scandinave, surtout quand celui-ci a été primé et est encore primeur. On ne peut pas jeter la pierre à Monsieur Joly pour avoir essayé de donner son nom à une femme manifestement faite pour le porter. Pas plus qu’on ne peut lui reprocher d’avoir  donné deux enfants à cette femme faite, par définition, pour les porter. C’est cela aussi la France. Mais enfin, qu’une femme scandinave, c’est à dire viking, c’est à dire barbare, ne puisse se contenter d’avoir un mari et des enfants français sans demander par la même occasion le privilège d’avoir la même nationalité que sa famille ne peut que choquer l’esprit le plus patriote. Surtout quand on apprend qu’elle a gardé par ailleurs la nationalité norvégienne. Si ce n’est pas de la duplicité, ça ? Une double nationalité ? Non, Madame ! Nous ne sommes pas tous des juifs allemands !

Cette femme a été juge ! Et quelle juge ! Elle a fait incarcérer Loïk Le Floch-Prigent un petit chef de PME opiniâtre et travailleur et a mis en examen Roland Dumas alors Président du Conseil Constitutionnel. Elle lutte depuis des années contre la corruption sous toutes ses formes, fussent-elles politiques. Et elle veut devenir Président de la République ? Après avoir craché dans la soupe ? Et puis soyons honnêtes, peut-on confier la charge la plus importante de l’Etat à quelqu’un qui n’a pas fait les études pour ? Et l’ENA, c’est fait pour les chiens ? La France gouvernée par un juge ? Et pourquoi pas par un avocat tant que nous y sommes ?

Enfin, et c’est sans doute le pire, Eva Joly est une femme. Il nous serait impossible d’énumérer ici tous les travers de la femme pour d’évidentes raisons de temps et de place. Nous résumerons succinctement la situation en l’abordant d’un strict point de vue politique. On le sait la femme est frivole. Elle ne pense qu’à son apparence. Les fameuses lunettes rouges, qui suscitent des gloses (inter)minables, sont bien le signe de la futilité de la pensée d’Eva qui ne pense qu’à se faire Joly. Alors que  tous les hommes politiques ont l’intelligence de s’habiller de la même façon pour bien montrer qu’ils sont interchangeables, les femmes évitent le costume-cravate-chemise bleu-blanc-rouge et préfère s’habiller normalement ce qui manque de sérieux. En politique, un homme mesuré essaie d’accorder ses actions à sa pensée et à son analyse de la réalité. C’est ainsi que l’homme politique est grand. Le soir, en quittant l’Elysée, il éteint la lumière et baisse le chauffage  après avoir couché la France dans un lit douillet. La femme, elle, réagit avec des sentiments incontrôlables à une situation qui la déborde. Un homme politique est hyperactif, une femme est hystérique. Un homme politique est sensible aux problèmes des français, une femme n’a pas les épaules. Il arrive qu’un homme politique sente le vent venir, une femme panique. Un homme politique à des convictions, une femme est psychorigide. Et puis comme disait l’autre, qui est-ce qui va s’occuper des gosses ? Eva Joly  est psychorigide. D’ailleurs a-t-on jamais vu une femme présider la France ? Et pourquoi pas un président noir aux Etats-Unis tant que nous y sommes ?

Non, le seul intérêt de la candidature d’Eva, c’est les chouettes jeux de mots que son prénom autorise. Même un mal comprenant devrait y arriver sans peine et nous espérons que Jean-Pierre Chevènement, toujours en rééducation, s’y essaiera. Qu’Eva Joly soit une femme intelligente, pugnace et bousculant le système par le simple fait de ne pas tout à fait y appartenir, nous laisse parfaitement indifférent. Qu’elle abandonne son accent, son passé et qu’elle fasse une ovarectomie et nous en reparlerons.

On va reprendre un perroquet, une tomate et des cahouètes…

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Les femmes-objets

Dimanche 17 Juillet 2011 à 12:00 - Catégorie: Mensonge
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Les femmes-objets connurent le même sort que les autres produits de consommation courante. Produites à très grande échelle, rapidement obsolètes, un modèle remplaçant l’autre en fonction  des modes,  objets d’un marketing agressif, elles devinrent le marché au plus fort taux de croissance jusqu’à l’invention de la femme-objet jetable pour les magasins discount qui fit exploser les ventes : la mode passa. Le marché s’écroula quand on recréa la femme indépendante, indocile, insoumise qui ne pouvait évidemment pas se vendre.

On trouve encore quelques collectionneurs qui rachètent et réparent amoureusement d’anciens modèles de femme-objet au charme suranné : fétichistes achetant à prix d’or l’ensemble des accessoires de leur modèle préféré, esthètes déshabillant avec des gestes précautionneux les épaules de femmes parfaites pour ne pas abîmer un tissu que le temps a rendu fragile, vieux garçons jouant à la poupée au milieu d’un gynécée dont ils sont devenus les esclaves, écrasés par la peur de vieillir, au milieu de femmes qu’il aimeraient éternelles, et tenus en laisse par la dépendance sexuelle.

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Tsutomu Yamaguchi est un type ordinaire qui est mort à 93 ans d’un cancer de l’estomac. On voit par là que le garçon n’est pas un original patenté. Il est né le 16 mars 1916 comme beaucoup de gens. Et est décédé le 4 janvier 2010 comme plein d’autres. Dans les années 30, comme beaucoup de japonais, il rejoint Mitsubishi Heavy Industries. Rien de remarquable à cela.

Son fils est mort lui aussi d’un cancer à l’estomac à l’âge de 59 ans. C’est à partir de ce moment que Tsutomu Yamaguchi aurait raconté son histoire complète.

Le 6 août Tsutomu se rend à Hiroshima pour le boulot. La ville, qui n’était pas un objectif stratégique majeur, n’avait pas subi de raids aériens. Elle était donc un chouette laboratoire grandeur nature pour évaluer les réels dégâts causés par la chouette invention de l’armée américaine : la bombe atomique. On balance donc une bombe. On filme évidemment l’opération, parce que c’est quand même scientifiquement pertinent. On a pas encore eu l’occasion de faire de test sur une vraie ville habitée par des hommes, des femmes, des enfants… Manque de bol, sur les images, on ne voit pas la population courir dans tous les sens avec ces gestes un peu gauches des gens brûlés vifs hurlant de souffrance. Tsumoto est, suivant que vous soyez un optimiste invétéré ou un pessimiste incorrigible, un type qui n’a vraiment pas de bol, le voyage d’affaire s’achève en apocalypse nucléaire, ou incroyablement chanceux, il s’en tire avec les deux bras brûlés… C’est en tout cas un garçon consciencieux qui parvient à joindre son employeur pour le prévenir que Hiroshima est rasée de près, ce que l’employeur a bien du mal à croire, et qu’accessoirement, il est lui même blessé.

Il fait ensuite ce que chacun d’entre nous aurait fait, il retourne chez lui. Le Japonais est ainsi. A l’instar de la fourmi, il est laborieux, petit et très casanier. Surtout vu du ciel. Tsutomu rentre donc dans sa ville. “Fondée” 500 auparavant par des Portugais qui comme on le sait ne peuvent pas voir un village de pécheurs sans y déposer des ouvriers du bâtiment qui n’ont de cesse de construire en écoutant Les Grosses têtes. A l’instar de la fourmi, le Portugais est laborieux, petit et voyageur. Surtout vu du ciel. D’ailleurs, je vous défie de distinguer d’avion un Japonais d’un Portugais.  Il n’y a guère que dans l’eau que c’est possible : le Japonais nage dans la mer du Japon alors que le Portugais baigne dans une mer d’huile. Plus tard, les Hollandais s’y installèrent, la ville étant devenue un important port de commerce.

Le 9 août 1945, alors que Tsutomu, enfin rentré à bon port, ayant repris le boulot les bras brûlés, se dit peut-être en feuilletant son thé vert et en dégustant son journal que c’est un miracle d’avoir survécu, une seconde bombe atomique explose dans le ciel de Nagasaki ville où il réside et travaille. Les plus optimistes d’entre vous commencent à douter de la bonne marche du monde quand ils apprennent que cet homme a été victime d’une seconde bombe atomique ; tandis que les plus pessimistes perdent désespoir quand ils se rendent compte de l’incroyable chance de Tsutomu. Non seulement, la bombe, suite à une méprise, a raté son objectif principal, les quais Mitsubishi mais en plus Tsutomu va survivre à cette seconde apocalypse nucléaire.

Que les optimistes se rassurent, Tsutomu ne connaîtra pas la catastrophe de Fukushima ; que les pessimistes s’inquiètent, il est quand même bien mort d’un cancer de l’estomac comme son fils des années avant lui.

Le Japonais n’aime pas se distinguer et Tsutomu pas plus que les autres, c’est pour cette raison sans doute qu’il n’est pas le seul à avoir vécu une aventure similaire et que plus de 160 personnes ont vécu et survécu aux deux bombardements, sans doute par solidarité. On les appelle les niju hibakusha.

Comme les Japonais sont un tantinet rancuniers, Tsutomu Yamaguchi passera la fin de sa vie à militer pour le désarmement nucléaire comme si c’était la faute des bombes qu’on en fasse mauvais usage.

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5 Belles dans le barillet : Les Sabines

Mardi 29 Mars 2011 à 12:30 - Catégorie: 6 Belles dans le barillet
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Sabines a le visage que lui prête celui qui l’aime ou la désire. Chacun en ferait une description différente qui serait à l’image de ses propres sentiments ou de ses propres fantasmes envers elle. Sans doute, ses yeux sont marrons, mais ils prennent autant de nuances qu’elle a de prétendants.  Le châtain de ses cheveux paraît alternativement blond ou brun en fonction des préférences masculines. Malgré sa taille inchangée, elle paraît petite au protecteur et grande à l’admirateur. Pour l’indifférent, elle est de taille moyenne.

Sabines n’a nul besoin de miroir chez elle (elle n’a d’ailleurs pas vraiment besoin d’un chez elle). Elle se maquille devant le reflet des yeux écarquillés de celui qui la contemple. Comme son visage change, son maquillage aussi. Beauté sans fard, discrète ne soulignant que délicatement ses traits ou catin outrancière et débordante, elle n’est que le reflet du regard d’un autre, d’une prunelle tour à tour bienveillante ou malintentionnée.

Sabines, ne sachant à qui se donner, s’offre à chacun et se prête à tout. Il lui suffit d’être désirée pour se donner entière. Elle a déjà eu mille vies. Et elle passe d’une lune de miel princière dans un hôtel Art Nouveau, gorgée d’amour et de tendresse, à une sodomie brutale dans un chiotte sordide, une main plaquée sur sa bouche et ses larmes, avec la même gentillesse, avec la même douceur, avec la même abnégation. Que voulez-vous ? Elle aime plaire. Veut être aimé. A tout prix. Même au sien.

Le seul signe qui mettrait d’accord les hommes de Sabines sur son physique, la seule marque qui lui appartienne en propre et qui permet de la reconnaître ,alors même que l’on ne l’aime plus, est l’étrange scarification qu’elle porte sous le coeur et à l’intérieur de la cuisse droite. Quatre traits verticaux barrés de biais par un cinquième. Comme les prisonniers, Sabines tient les comptes de ses captivités. Quand elle aime, elle, elle compte.

Cinq hommes lui ont brisé le coeur, c’est bien trop. Ce sont les cinq traits qu’elle porte sous sa poitrine.

Cinq hommes ont su la faire jouir jusqu’à en pleurer, ce ne sera jamais assez. Ce sont les cinq cicatrices qu’elle porte sur la cuisse.

Pour chacun d’eux, elle s’est entaillée la chair afin de conserver en elle à jamais un souvenir qui sinon disparaîtrait sous l’amoncellement de ses aventures. A une amie qui lui demandait des explications, elle assura que les cinq briseurs de coeur étaient aussi les amants de sa cuisse, chacun méritant deux scarifications. A un amant qui s’étonnait de ses cicatrices, elle dit tout à fait le contraire. Elle avait dit à chacun ce qu’il voulait entendre, pour ne pas déplaire. Et personne ne connaît la vérité à ce sujet.

Elle n’est personne sans amour. Elle se croit invisible si elle n’est pas admirée.  Sans caresse, son corps s’écroule. Elle ne croit penser que si on lui parle. Elle mourrait si l’on ne lui donnait vit. Elle n’agit que pour plaire. Elle est toujours prévenante, conciliante, complaisante. Elle veut être toujours aimable pour être toujours aimée. Elle boit avec le buveur et cuisine pour le gourmand. Elle dort avec l’indolent et veille avec le luxurieux. Elle est généreuse avec le prodigue, comme avec l’avare. Elle est fidèle tant qu’on l’aime, même si elle couche à droite à gauche… On fini par la quitter à force de ne plus la voir. Elle a plusieurs histoires d’amour simultanées ainsi que quelques amants…

Elle passe alternativement pour une salope ou pour une sainte. Les hommes n’ont pas beaucoup d’imagination en ce qui concerne les femmes.

Sabines croit suivre son désir ; elle ne fait que se soumettre à celui des autres.  Les autres imaginent la soumettre à leurs désirs ; jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’elle ne fait que suivre le sien, de lits en lits. Ils se rencontrent sur un malentendu et se quittent de la même façon. Personne n’y comprend rien.

Elle ne sait pas si elle est heureuse. Elle se sent coupable. Elle ne sait pas si elle est heureuse. Sauf, peut-être, quand, le regard plein d’amour et la voix de passion, on le lui ordonne. Que voulez-vous ? Elle aime plaire.

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Trompe l’ennui

Mardi 22 Mars 2011 à 10:01 - Catégorie: Mensonge
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Malencontreusement née à Narvik, au sud de la Laponie, elle croyait être la seule de son village à avoir toujours froid. Elle s’était passionnée dès l’enfance  pour une Afrique chaleureuse et équatoriale, faite de livres illustrés, de photos de négus découpées dans la presse et de petits animaux de bois, zèbres, lions, antilopes, qui dormaient la nuit près du poêle. Devenue héritière, parce que les bons comptes font les contes de fée modernes, elle se passionna pour l’éléphant d’Afrique loxodonta africana, dont les défenses monumentales, les oreilles magistrales et  le pas débonnaire lui réchauffaient le coeur lorsqu’il ne faisait presque plus jour pendant des mois.

Elle en importa trois dans son jardin — un mâle, une femelle et leur petit — Tiril, Anja et Lars, car c’était un temps où les espèces n’étaient pas protégées et où le commerce était florissant. Elle les regardaient le soir dans la pénombre se tenir debout au fond du jardin. Leurs grandes ombres, à contre-nuit, soulignait l’horizon de leur dos rond, comme des montagnes se promenant la nuit venue pour ne pas que les hommes voient qu’il leur arrive aussi de se dégourdir les jambes.

Ils moururent de froid, de faim et de maladies exotiques qui laissaient le vétérinaire aussi pensif que grassement payé. Il repartait vers les rennes, les yeux au ciel et les poches pleines.

Elle continua d’importer des éléphants qui mouraient dans son jardin avec la constance tranquille des bêtes de somme. Sondre, Katherine, Magnus, Jakob, Sveinung… Elle se lamentait, se disait que sa vie n’avait plus de sens, songeait au suicide mais préférait s’automutiler. Le suicide, parfois, ça ne se rate pas et sait-on jamais…

Et, au bout de tant d’holocauste, elle se rendit compte qu’elle avait donné vie à une fable et qu’à Narvik, au sud de la Laponie, au nord de la Norvège, se trouvait, au fond d’un jardin, le légendaire cimetière des éléphants de son enfance. Elle était enfin heureuse.

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Compromis, choses dûes

Lundi 21 Mars 2011 à 15:21 - Catégorie: Doppelgänger
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L’amour partagé n’est pas un état, c’est simplement une fêlure dans la triste condition de chacun. Une interruption temporaire de la solitude et de l’effroi. Une pause sur le champ de bataille de l’humanité fasse à la mort. Chaque année, les  victimes sont de plus en plus nombreuses et toujours dans notre camps. C’est l’illusion merveilleuse du bal au milieu des tranchées.

J’aurais voulu danser un peu ces deux semaines. Faire quelques pas de deux, un paso noble ou une bourrée, qu’importe, mais je m’ennuie au bal et passent les ballets. On connait la chorégraphie et que le pas soit lourd ou aérien, il y a toujours moyen de trouver une partenaire. Mais il faut alors faire des promesses, ne pas s’arrêter en chemin, sinon, n’est-ce pas, on est une allumeuse…

L’amour partagé est un contrat tacite scellé d’un baiser. Et je ne veux baiser que toi.

(… Bien plus tard…)

Je vais te faire les vraies promesses, mon amour, celles que je ne pourrai jamais trahir, de celles que tous ceux qui s’aiment devrait se faire, avant d’entamer les libations. Je ne te parlerai pas de toujours, de jamais, d’assistance, de fidélité, d’éternité.  Je ne te ferai pas de serments par coeur, mon amour, non… évoquons plutôt le futur que le conditionnel… je te parlerai des serrements de coeur. Je ne soumettrai pas mes promesses aux tiennes. Je m’engage librement et totalement. Quoique tu fasses, mon amour, je m’engage à te faire souffrir.

Je te promets que nos étreintes du jour seront les brises de demain. Ton corps désarticulé dans un lit sépulcral, ne sachant contre qui ou quoi se lover, pantin dérisoire dont la vie ne tiendra qu’à un sans fil, quand je ne rentrerai plus. Tu sauras alors ce que sont les beaux draps et le linceul.

Je te promets que nos baisers du jour seront les poisons de demain quand tu y sentiras l’haleine d’une autre ou mon dernier souffle.

Je te promets que chacune de mes caresses t’écorchera un jour, te creusant comme j’avais creusé tes intimités, remplaçant la volupté par la douleur et le désir inassouvi, te faisant pleurer les orifices, te les faisant saigner inexplicablement… Je te promets d’enlever ta peau et de mettre chacun de tes nerfs à l’air vif.

Je te promets que tu voudras te crever les yeux chaque fois que tu me chercheras du regard et que tu verras un étranger, un indifférent, un salaud.

Je te promets que tu vas en baver, que tu prendras des coups, mon amour, des mauvais coups,  des sales coups, et puis un gros coup de vieux… Ton corps que j’aurais sculpté chaque jour de mes mains, pour qu’il se tienne ferme et droit, s’affaissera, s’effondrera, se recroquevillera sous les coups de tête, les coups de poing, les coups bas, les coups de feu, mes quatre cents coups et tu ne seras plus bonne qu’à gésir.

Je te promets que, de toute cette vie que nous avons tissée ensemble, ne resteront que des vestiges qui donneront le goût de putréfaction aux plats que nous partagions, qui terniront les lieux aimés, qui trahiront les complicités et que rien de ce qui fut heureux ne le restera tout à fait.

Tu as ma parole, mon amour, et c’est tout ce qui te restera. Cette certitude qu’un jour, au moins, je ne t’aurais pas menti.

Alors seulement, quand tu auras supporté cela, tu pourras dire que tu as aimé.

Alors seulement, tu pourras chercher dans d’autres bras la consolation. Mais ils t’aimeront moins que moi… Ou alors, il te faudra savoir que tu souffriras un jour à nouveau, d’égale façon.

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Eloge du sourire

Lundi 21 Février 2011 à 18:35 - Catégorie: Mensonge
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Gravité :

a) Vieilli. Phénomène d’attraction d’un corps vers le centre de la terre.

(…)

P. ext. [En parlant de choses] Aspect sérieux, solennel, un peu austère.

La gravité est l’ennemie éternelle du sourire. Tandis qu’elle tire constamment les coins de la bouche vers le bas, elle alourdit l’esprit, de toute sa pesanteur. L’attraction terrestre lui rappelle la destination finale et le retour à la terre. L’attraction terrestre, c’est la mort qui essaie de nous embrasser dès maintenant.

A la naissance, passant de l’apesanteur à la pesanteur, le bébé fait, comme on le comprend, la gueule. Dès sa première minute d’existence, il sait pleurer ; il lui faudra deux ou trois mois pour apprendre à sourire. C’est la première fois qu’il se libèrera un peu de la gravité en redressant les coins de ses lèvres, avant de se tenir assis, de se lever, de marcher et de souhaiter un jour pouvoir voler. C’est à ce moment, au fond, qu’il se décide à vivre malgré le poids des choses, contre le poids des choses. Le sourire est une force qui s’oppose à une autre, c’est la première résistance, la plus belle, celle qui se passe du discours.

Les anges n’ont pas de sexe, ils ont un sourire. C’est à ça qu’on les reconnait quand leurs ailes sont repliées. S’ils sourient, c’est qu’ils se souviennent encore, à terre, d’avoir volé jusqu’ici.

Le sourire est humble, c’est ce qui fait sa force. La littérature qui lui est consacrée est faite de petits poèmes ordinaires et d’aphorismes naïfs qui en affirme la gratuité et l’influence. Le sourire est par définition léger. C’est ce qui lui permet de voler de bouche en bouche, comme un papillon de fleur en fleur, et d’ainsi féconder des visages nouveaux de sa clarté patiente. Le sourire est un silence, celui d’avant qu’on ne se parle et celui d’après que tout ait été dit. Il sert de parenthèses à l’amour, il invite au baiser et reste après, comme un vestige de la volupté.

Le sourire n’est rien ; c’est cette inflexion délicate qui fait d’une femme La Joconde. Le sourire n’est rien ; c’est cette inflexion délicate qui fait d’un inconnu un complice. C’est un mot qui se comprend dans toute les langues et qui ne se trouve dans aucun dictionnaire, qui ne signifie rien et veut tout dire.

C”est un mystère, celui de l’espoir qui enjambe le gouffre et qui s’envole vers l’horizon, bien au-dessus des enfers.

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Déclarer sa flamme

Mardi 02 Novembre 2010 à 19:37 - Catégorie: Citations
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« À l’écrivain ne sera jamais retirée la possibilité d’écrire – hormis dans l’extrême faiblesse du grand âge et la douleur physique intense – et ce sera pour lui un secours et une chance quand il fera l’expérience du deuil, de la maladie, de la solitude ou de la prison. Il tirera au moins ce profit de l’angoisse et de l’infortune. Mais écrire restera pour l’écrivain une exigence non moins impérieuse lorsque tout ira bien dans sa vie, lorsqu’il en sera à l’expérience de la quiétude, de l’équilibre et de l’amour. L’écriture empiétera alors sur son bonheur et il se peut que finalement elle ruine ce bonheur en lui disputant ses plus belles heures, en contestant sa souveraineté, si même elle ne lui nie pas sa qualité, tant il est vrai qu’écrire consiste à chercher rageusement ce qui ne va pas et que l’on n’écrit jamais en somme que des déclarations de guerre. »

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