Ce qu’il reste de Papa : Notes.

Mercredi 06 Mars 2013 à 21:54 - Catégorie: Fugitives
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Petites, nous avions cru que l’enfance était éternelle. Et la pénombre du bureau où rien d’autre que la silhouette de Papa ne bougeait représentait cette éternité. A quelques années d’intervalle nos enfances respectives étaient mortes. Chloé ne s’est jamais vraiment remise de cette trahison.

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Ce qu’il reste de Papa : Notes.

Mercredi 06 Mars 2013 à 21:22 - Catégorie: Recueil de lieux communs
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“Autour de nous, il n’y avait que des bibliothèques, partout. Des livres accessibles et des rayons interdits.

(…)

Il y avait aussi les interdits, que je piquais en écartant les rayons pour que personne ne se rende compte de mes lectures.

(…)

Enfin, il y avait la bibliothèque privée de mon père, dans son bureau de St Michel-sur-Orge puis, juste en face de son bureau, toujours ouvert sous son regard, quand nous avions déménagé à Lévis St Nom dans la forêt de Rambouillet. Ce n’était qu’une collection incroyable des Fleuve Noir et des collections de science-fiction françaises des années soixante. Là, je me suis goinfré des grands auteurs américains de science-fiction, si révolutionnaires que mon père nous les interdisait tout en les laissant à notre portée.

J’avais installé un système de lecture qui permettait de lire dans mon lit. Quand mon père ouvrait la porte de ma chambre, la lumière de lecture installée sur mon lit s’éteignait. Je sais, pour lui avoir demandé en soins palliatifs, qu’il connaissait mon stratagème. Je lui dois ma culture littéraire. Il fut, plus tard mon seul premier lecteur et correcteur, discret et complice.”

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La fausse commune

Dimanche 03 Mars 2013 à 15:15 - Catégorie: Imprévus de presse
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Nous allons tous mourir. A l’exception de ceux qui sont déjà morts. Ils sont beaucoup plus nombreux que les vivants. Dans le monde médiéval, qui connaissait la mort mieux que nous et qui reprenait sans chipoter de la peste et du choléra, on se félicitait de cet état de fait. On brûlait aussi des femmes et on donnait des bergères aux loups. On savait s’amuser d’un rien, c’est à dire de tout. On représentait la mort dévorant l’humanité sous forme de danses macabres emmenées par le Pape. C’est qu’on savait que la mort se moque des distinctions sociales et qu’elle frappe avec la même sévérité le riche et l’indigent, l’homme de pouvoir et l’homme de peine. Hélas, de nos jours, la mort ne fauche plus qu’à peine. Son crâne nu transpire. Nous avons augmenté notre espérance de vie, c’est à dire qu’on ose plus regarder la mort en face. Les Papes ne meurent plus menant derrière eux la sarabande du peuple dansant, ils démissionnent. Ils se retirent. Ils ne jouent plus.

Tous égaux devant la mort ? Pas sûr. Certaines processions funéraires sont plus suivies que d’autres et l’on se réunit autour du cercueil des plus ou moins célèbres. La semaine dernière, la France a connu deux deuils.

Stéphane Hessel est mort. Il avait 95 ans, ce qui est un âge honorable. Certes, la vieillesse est un naufrage et il était un peu aigri sur la fin, c’est le privilège de la vieillesse. Il avait même écrit un opuscucule intitulé Indignez-vous pour expliquer son aigreur. A la suite de quoi, paraît-il, dans toute l’Europe et même à New-York des millions d’aigris avaient manifesté pour se plaindre alors qu’ils n’avaient pas tous des rhumatismes. C’est que Hessel dans son ouvrage, s’achevant sur un slogan embarrassant : “Créer, c’est résister. Résister, c’est créer” qui montre que même en deux phrases, à 93 ans, on radote, c’est que Hessel, disais-je, avait la nostalgie qu’on éprouve légitimement à l’approche de la mort pour le temps jadis, le programme du Conseil National de Résistance et l’absence d’Israël comme état. Mort, il fait la couverture de Libé avec un jeu de mots  “Un juste” qui montre bien la disparition totale de toute culture historique au moment du choix de la couve. Si le calembour est la fiente de l’esprit qui vole, Libé montre quotidiennement qu’on ne doit pas hésiter à chier sur ses lecteurs. De haut…

Daniel Darc est mort, il avait 53 ans, ce qui montre qu’il était beaucoup moins résistant que Stéphane Hessel. Il était chanteur. Il était content d’être encore en vie malgré la drogue, les veines tranchées sur scène et les cicatrices qu’il arborait malgré lui. Il a traversé le post-punk et la new wave avant de faire de la chanson française. Quand on a beaucoup vécu, la vieillesse est un naufrage qui commence tôt et s’achève rapidement. Il a pris de la bouteille. Trop. Et des médicaments. Les anciens toxicos sont souvent des gens qui finissent par se soigner avec des drogues légales et qui croient creuser ainsi le trou de la sécu plutôt que leur tombe. Il faut bien dormir. Et des fois, on dort trop longtemps. Mort, il fait la couverture de Libé avec un jeu de mots  “Darc en ciel”. Si le calembour est la fiente de l’esprit qui vole, Libé montre quotidiennement qu’on ne doit pas hésiter à chier sur les tombes. Sans doute une ultime scorie de la geste punk…

Tout le monde meurt, mais certaines morts seraient des évènements particuliers. Toutes les fosses ne sont pas si communes. La vie publique autorise tout un chacun à s’emparer de la mort des célèbres (comme je le fais d’ailleurs ici). Il ne s’appartiennent plus. Va-t-on mettre l’un au Panthéon ? L’autre au firmament en rajoutant une star aux étoiles qui éclairent la nuit ? On croit rendre des hommages ? On crée de toute pièce un fait marquant à partir de ce qui n’est qu’une anecdote. Un vieillard s’éteint d’avoir vécu trop longtemps, un homme meurt d’avoir vécu trop. Nous les connaissions parce que les industries médiatiques avaient imposé leur présence à notre table alors que nous écoutions la radio ou lisions les journaux. On les connaissait à peine. On avait pas lu leurs livres parce que dix pages, cela nous paraissait un peu court ; ni écouté leurs albums parce que dix plages, ça faisait un peu long. Pourtant pendant quelques jours, ils font partie de nos conversations, de celles gênées qui se tiennent à voix basses, aux enterrements, pour que la famille n’entendent pas qu’on est venu que par politesse. Ce qui est la moindre des choses. Comme mourir l’est. Nous en sommes tous capables.

On ira pas pourrir au Panthéon. C’est dommage, ça doit être rigolo d’entendre à l’entrée Voltaire et Rousseau qui s’engueulent pendant que Louis braille…

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La Femme-33tours a un caractère exigeant
Et n’accepte de chanter
Que sous la caresse d’un diamant.

La Femme-Allumette ne brûle qu’une fois,
On la prend, on l’allume, on la jette.
Mourante, elle reste de bois.

La Femme-Biberon gonfle sa poitrine
Maternant de maladroits pubères
Qui confondent, encore, tétines et tétons.

La Femme-Bilboquet s’en va et revient toujours
Pourvu qu’elle soit fermement tenue,
Mais son amour ne tient qu’à un fil.

La Femme-Cafetière ne s’ennuie jamais la nuit,
Elle excite ses amants
Qui lui consacrent leurs insomnies.

La Femme-Carnet change de draps comme de page,
En léchant un doigt
Qui n’est pas toujours le sien.

La Femme-Clenche est une bonne normande
Qui a su s’ouvrir au service de l’aristocratie parisienne
Et s’enfermer avec le Maître.

La Femme-Compas arpente d’un pas toujours égal
La distance entre tous les coeurs masculins
Qu’elle perce d’un talon mutin.

La Femme-Contrebasse a quatre cordes à son arc.
Les flèches qu’elle plante dans les coeurs
Ont Cupidon pour archet.

La Femme-Cuillère aime les ablutions.
Elle languit dans un maigre bouillon
En rêvant de hammams clandestins.

La Femme-Fourchette va de la chair piquée à la bouche ouverte.
Elle tourmente l’une pour satisfaire l’autre,
En de plaisants aller-retours.

La Femme-Gant a quatre amants infatigables
Dont elle se lasse facilement. Aussi dit-elle “Pouce !”  souvent
A son pauvre marri.

La Femme-Parfum est entêtante,
On la sent toujours sans jamais la voir,
Elle imprègne un quotidien dont elle est désespérément absente.

La Femme-Punaise épingle ceux qui n’ont su la faire jouir
Et déménage fréquemment,
Faute de place sur ses murs.

La Femme-Savon s’étiole à chaque étreinte
Et mourant d’avoir été trop aimée,
Son âme s’envole dans une dernière bulle.

La Femme-Soliflore laisse ses conquêtes à la Femme-Fleur
Dont elle recueille les miettes sous forme de pétales
Tombés au champ d’honneur.

La Femme-Soupape fait parfois de graves dépressions
Qui la laissent alitée et pantelante
Et qu’elle soigne à grands coups de piston.

La Femme-Table de Chevet vit au pied des lits
Et contemple pour l’éternité
Les amants qu’elle a achevés.

La Femme-Véhicule s’affaire goulûment sur une bite,
Tandis, qu’à coup de rein, on lui facilite le transit.
(Im)Moralité : Elle préfère les transports en commun.

La Femme-Ventouse, a la souplesse du caoutchouc,
Elle est presque invisible mais laisse sur la peau
Des traces en forme de suçon.

Le livre ici et là :
sur le site d’anXiogène
en souscription chez Ulule 

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De l’autre côte du miroir

Jeudi 13 Septembre 2012 à 05:58 - Catégorie: Recueil de lieux communs
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« Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas encore utilisé à votre avantage. À l’extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même. Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu’il fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de variété, et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et de limitations. Vous vous flattez d’être un esprit indépendant ; et vous n’acceptez l’opinion d’autrui que dûment démontrée. Vous avez trouvé qu’il était maladroit de se révéler trop facilement aux autres. Par moment vous êtes très extraverti, bavard et sociable, tandis qu’à d’autres moments vous êtes introverti, circonspect, et réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréalistes. »

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Pour défendre Tony ScoTTT

Mardi 21 Août 2012 à 16:03 - Catégorie: Uncategorized
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Tony Scott est mort… Il venait juste de regarder tous ses films à la suite. Puis il a lu les critiques françaises de ses films. Convaincu de sa propre nullité, il s’est jeté d’un pont dans l’Océan Pacifique après avoir laissé un mot dans sa bagnole dans une ultime mise en scène en forme de plan séquence. A la fin, il a revu toute sa vie défiler en quelques secondes de chute et s’est fait rattrapé par le montage hyper-cut. Merde…

Le cadavre n’est pas encore refroidi que sur les réseaux sociaux se multiplient les hommages incongrus à l’oeuvre du grand homme. Heureusement une saine réaction a lieu : Jérémie Couston de Télérama et Eric Libiot de l’Express nous aide a faire le tri dans une filmographie d’”un réalisateur qui ne débordait pas de talent” ou celui “des énormes bouses boursoufflées que sont Top Gun, Jour de tonnerre ou Unstoppable son désormais chant du cygne, dont le montage stroboscopique nous a valu une entorse du nerf optique.” Soit, ce n’est pas moi qui vais défendre Top Gun.

On pense ce qu’on veut de la filmographie du T.Scott, mais les critiques tournent autour de trois points dont on a du mal à comprendre en quoi il condamne le réalisateur a priori.

D’abord, Tony Scott n’est qu’un réalisateur de blockbuster. Et ça, c’est mal… Je crois que je ne connais pas d’argument plus con pour juger de la qualité d’un film de n’en connaître que les modes de production et de diffusion. Quand on m’apportera la preuve que tous les blockbusters du monde sont, par définition, des films de faiseurs ou de yes men (par opposition au cinéma d’auteur), des films qui flattent un goût dominant (par opposition au quichottisme du cinéma indépendant) et surtout des films simplement médiocre alors je me jetterai également d’un pont.

Ensuite, Tony Scott est vachement moins fort que son frère. C’est sûr, il faut les comparer puisqu’ils sont frères.Voilà un argument hautement critique. Et bien soit…

Enfin, et je crois que c’est ce que je reproche le plus aux critiques, c’est leur critique sur la réalisation de Tony Scott, réalisation emphatique, utilisant jusqu’à épuisement l’hyper cut, les images filtrés, les gros plans, les ralentis. Les enjeux ne seraient que ceux d’une écriture du paroxysme permanent.

Il y a là une confusion à lever. Il est indéniable que les années 2000 ont vu une mutation du film d’action vers une forme de cadrage et de montage visant à découper l’action pour n’en conserver que la pyrotechnie et l’explositivité graphique. Il est également indéniable que Tony Scott a contribué à forger cette grammaire qui a fini par rendre l’action illisible. Elle préfère jouer sur les saturations émotionnelles créées par une succession de plans rapides avec des valeurs et des points de vue éloignés, au son d’une bande annonce frôlant la saturation à force de volume. Oui, le blockbuster est majoritairement devenu un truc pour faire saigner les yeux et les oreilles en interdisant l’usage du cerveau. Mais là où le blockbuster moderne découpe en micro-unité une même action pour créer ce phénomène de saturation ne parvenant finalement qu’à la rendre illisible, Tony Scott lui n’a fait que jouer avec des processus de contamination entre images, jouant sur la persistance rétinienne pendant les montages hyper cut pour faire cohabiter des plans de l’action et en dehors de l’action. En fait, il s’en écarte. Il dessine ainsi une esthétique plus fine… En repoussant à leur maximum les valeurs de plan et surtout en en incluant certains qui ne font pas partie de l’action mais qui représentent les souvenirs, les obsessions, les fantasmes, les deuils, le futur des protagonistes, ses montages hyper cut montrent comment l’action est contaminée par d’autres images internes aux protagonistes dans une sorte de fondu permanent, image du chaos intérieur.

Et, sur ce même procédé, de persistance rétinienne, de fondu et de contamination, Tony Scott a incorporé dans son cinéma tout un corpus d’images impures, de la pub, du clip, de la vidéo-surveillance, de l’image numérique pour, dans une salle d’interrogatoire spécialement prévue pour la torture des photogrammes, leur faire avouer ce qu’ils pouvaient bien encore avoir à dire dans un monde déjà saturé d’images. Pas de discours dans les films de Tony Scott ? Peut-être pas. Mais cette idée que l’image qui émerge d’un bouillon d’inculture est celle qui reste et donne sens au récit. Et dans les années 2000 une filmographie, qui se construit parallèlement à un schéma hollywoodien dominant, traversée de mélancolie loin du réalisateur testost-erroné que l’Express ou Télérama essaie de nous vendre…

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Protected: La vieille

Jeudi 02 Août 2012 à 18:58 - Catégorie: Les 5 à 7
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Conte d’hiver pour le Petit Bouddha

Dimanche 15 Juillet 2012 à 15:54 - Catégorie: Mensonge
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Il était une fois, une petite fille très courageuse, très intelligente et très appétissante qui s’appelait Petit Bouddha. Elle était très courageuse parce qu’elle voulait grandir très vite et très fort et que cela demande beaucoup de courage. Elle était très intelligente parce qu’elle voulait grandir très vite et très fort et que cela demande beaucoup d’intelligence. Elle était très appétissante parce qu’elle avait des joues qui faisaient comme un coussin pour les bisous de papa, un petit ventre tout rond pour y mettre plein de chocolat et des petites cuisses grasses et fortes qui l’emmenaient partout. Petit Bouddha était une petite fille très courageuse, très intelligente et très appétissante.

Un jour, Petit Bouddha vit un arc-en-ciel dont le pied tombait de l’autre côté de Courberonde, le hameau où elle passait ses week-ends et ses vacances. Elle voulut aller voir le pied de l’arc-en-ciel. Pour cela, elle devait longer le Coupe-Gorge, un endroit terrible que tous les enfants évitaient car y vivaient trois affreux personnages : Garou, Ogre et Monstre. Mais la curiosité et le courage l’emportèrent sur la prudence. Et qui résisterait à l’envie de voir un pied d’arc-en-ciel ? Petit Bouddha s’avança.

Petit Bouddha passa d’abord devant la maison de Garou qui, une fois par mois, mangeait des enfants. Garou était très poilu et quand il avait faim, il avait la langue qui pendait en dehors de sa bouche. Cela lui donnait un accent bizarre. Garou vint la voir et lui dit :

« Bonzour, Petit Bouddha, veux-tu venir dézeuner avec moi ?

- Non, Garou, je n’ai pas le temps ! J’ai un rendez-vous très important avec Monstre ! »

Et comme tout le monde avait peur de Monstre, Garou la laissa partir.

Petit Bouddha passa ensuite devant la maison d’Ogre qui, une fois par semaine, mangeait des enfants. Ogre avait de si grandes dents qu’il ne pouvait jamais fermer la bouche. Cela lui donnait un accent bizarre. Ogre vint la voir et lui dit :

« Honjour, Hetit Houddha, veux-tu venir goûter avec hoi ?

- Non, Ogre, je n’ai pas le temps. J’ai un rendez-vous très important avec Monstre ! »

Et comme tout le monde avait peur de Monstre, Ogre la laissa partir.

Petit Bouddha passa enfin devant la maison de Monstre. Monstre était doux comme une maman et fort comme un papa. Il donnait souvent des bonbons aux enfants pour les faire venir chez lui. Les enfants qui allaient chez lui revenaient triste pour toujours. Ils ne riaient plus, ne chassaient plus les papillons et ne s’intéressaient plus aux arcs-en-ciel. C’est comme si Monstre, qui n’avait pas l’air de leur faire du mal, avait réussi à leur dévorer le cœur. C’était, bien qu’il parlât normalement, un épouvantable monstre.

Monstre vint la voir et lui dit :

« Bonjour, gentil Petit Bouddha, tiens voilà un bonbon pour toi… Veux-tu venir dîner avec moi ? Cela me ferait très plaisir. »

Petit Bouddha réfléchit longuement en plissant le front comme ça. Puis elle dit :

« Non, je n’ai pas le temps, Monstre. Je dois aller voir un pied d’arc-en-ciel et rentrer chez mon papa. Mais ne sois pas triste. Je suis passé devant chez Garou, tout à l’heure et il a invité tous les enfants du village à dîner. Et ils vous invitent aussi Ogre et toi. Dépêche-toi, de peur qu’ils n’aient déjà tout mangé. »

Et Monstre partit en courant vers la maison de Garou en laissant Petit Bouddha bien tranquille.

Au pied de l’arc-en-ciel se trouvaient des barreaux comme ceux d’une échelle. Petit Bouddha grimpa très haut sur le dos de l’arc-en-ciel qui rigolait parce que ça le chatouillait. Elle redescendit de l’autre côté de l’arc-en-ciel et arriva directement dans le jardin de la Tanière pour rentrer chez elle, boire du jus d’orange au coin du feu.

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Offrir de bons traitements

Mardi 19 Juin 2012 à 16:57 - Catégorie: Citations
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“La nuit les loups sont bleus, un peu phosphorescents.

Il y a des loups, tu sais, qui regardent aux fenêtres et qui voient la distance. Il y a des loups qui pleurent du silence de la proie.

Il y a des loups qui traînent des rumeurs rose et jaune, il y a des loups qui lèchent le cou des dentellières, il y a des loups furtifs, des loups à la saison. Il y a des loups jaloux dans des villes étrangères.

Il y a l’hiver qui pousse.

Il y a des loups savants qui dorment dans les livres, des loups anachorètes et des loups synthétiques. Il y a des loups absents, très absents, très absents. Il y a des loups sans fond, ce sont les meilleurs loups.

Il y a des loups d’argile, des loups de papier peint. Il y a des loups arabes avec des rubans verts, des loups de temps en temps, d’autres plus absolus. Certains loups sont faciles et le vent les traverse.

Il y a des loups solaires. L’ombre leur veut du bien, eux regardent la mer. Il y a des loups comme ça.

Ils ne rêvent pas toujours, mais ils rêvent quelquefois

Il y a des loups de printemps, des loups d’offres spéciales. Il y a des loups abstraits avec des bas nylon et du rouge aux babines. Il y a des loups frileux, avec des sentiments. Il y a des loups dorés.

Il y a des loups obliques, qui partent avec le jour, qui partent avec la nuit, des loups désespérants avec des airs de loups comme on croit qu’ont les loups.

Il y a des loups furieux, des loups qui pensent aux loups et qui pensent aux baleines. Il y a des romans noirs sous l’oreiller des loups.

Il y a la faim des loups.

Il y a des loups, tu sais, qui n’ont pas de mémoire. Ce sont des loups sans horde, souvent de très jeunes loups, qui ne cherchent qu’un visage où poser leur velours.

Et puis il y a des louves.”

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Le jeudi 22 mars 2012, alors que je travaille innocemment à une conférence sur Le Château dans le ciel (ma première… C’est pour ça, j’en rajoute un peu…) une amie bibliothécaire (je sais, je ferais mieux de surveiller mes fréquentations plutôt que jouer au con(férencier)) me fait parvenir ce lien : Comment j’ai pourri le web.

Pour nos amis mal-comprenants, ce billet de blog a été écrit par un enseignant de lettres qui, après avoir repéré que ses élèves faisaient des copier-collers sur des sites de corrigés ou sur wikipédia pour leurs dissertations ou leurs commentaires con(posé)s, a décidé de les piéger en vandalisant un article de wikipédia et en écrivant de faux corrigés d’un sonnet qu’il va leur demander de commenter. Evidemment, sur 65 élèves 51 ont été piégés. L’enseignant leur a révélé la supercherie et les élèves ont compris la leçon… Il s’en souviendront probablement longtemps.

Le samedi 24 mars, l’article buzze, notamment parce qu’il a entre temps été repris par Rue 89. Aujourd’hui, la page aurait été vue par plus d’un demi-million de fois. Mes amis Facebook balancent les liens dans tous les sens et les commentent avec des “Hahaha !”, des “mdr !” et des “énormes !” Le canular, la post-modernité cynique, la critique  d’un (multi)média dominant, tout séduit a priori…

Le discours de la méthode

Revenons d’abord sur la méthode… Loys se crée un compte sur wikipédia et apporte dans un premier temps des contributions utiles. Merci à lui. Puis dans un second temps, il modifie la notice biographique de Charles de Vion d’Alibray, auteur peu connu dont la biographie est par conséquent succincte. (Premier biais de confirmation sur l’idée que n’importe qui peut vandaliser un article. De fait, ce sera beaucoup plus facile de n’être pas repéré que sur un article au sujet de Ronsard, Molière ou Hugo, qui comptera de nombreux contributeurs et sera visité régulièrement.) C’est en plus moralement condamnable et condamné quand c’est le fait d’un élève qui masque par son vandalisme le fait d’avoir copié sur wikipédia.

Puis, il se forge une identité numérique, mélange de traits pseudo-savants qui assoient son autorité d’auteur et d’erreurs qui devraient être repérées par un “esprit critique.” (Second biais de confirmation, oui, les élèves vont se faire avoir parce que justement ils savent repérer des éléments, certes insuffisants, pour caractériser une autorité.)

Il crée des marqueurs pour repérer les sources dans la correction, marqueurs qui soulignent la supercherie : “Cette femme aimée sans retour par le poète est évidemment un personnage tout à fait imaginaire (Anne de Beaunais = Bonnet d’âne).” Remarquez qu’il nous fournit l’explication parce que nous aussi, nous nous y serions laissé prendre, fussions-nous con(frère)s.

La conclusion (qui est aussi l’hypothèse de départ) tombe comme un couperet : “les élèves au lycée n’ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres.” Parce qu’ils se sont laissés prendre à un canular… Soit.

Aucun exemple historique ne vient à l’esprit. Jamais un grand homme, polytechnicien, titulaire de chaire à la Sorbonne, scientifique reconnu ne se laisserait avoir. On ne trouverait de toute façon que des exemples fort lointains.

Wikipédia est au mal ce que l’onychocryptose est à l’ongle, son incarnation.

L’esprit critique est facile, son art est difficile

De quoi se souviendront alors les élèves ?

1/ Sur wikipédia, n’importe qui peut écrire n’importe quoi n’importe quand. Soyons justes, c’est relativement vrai. C’est pourtant pour cette même raison que l’immense majorité des con(tributeur)s y écrivent des informations exactes 24/24.

2/ Par conséquent, un article est une contribution collective non soumis à une autorité reconnue. ” C’est tout à fait exact ! C’est dégueulasse, me souffle Nicolas Bourbaki dans l’oreille.” “Et comment ! surenchérit Roger Pédauque.

3/ Il n’y a sur wikipédia aucun processus éditorial, ni aucun dispositif de validation.

Plus largement, ce billet a quand même le mérite de poser la question de l’esprit critique des élèves mais en oubliant implicitement un point essentiel. L’esprit critique n’est pas un simple état d’esprit de méfiance,  voire de paranoïa mais relève bien d’une méthode intellectuelle et de savoir-faires sur lesquels l’enseignant n’a pas l’air de s’attarder. C’est ce que dit très bien la fin de cet article : “Dès lors qu’une somme colossale de savoir se trouve immédiatement disponible sur Internet, le rôle de l’école devra sans doute être repensé. Il ne s’agit plus seulement de transmettre des faits et des connaissances bruts. Il importe également de définir des règles et des cadres méthodologiques : l’établissement d’une bibliographie, l’usage des références, l’évaluation des sources… Toute sorte de choses que j’ai appris en tant que wikipédien, mais jamais en tant qu’élève.”

Comme le relevait justement  l’une de mes enseignantes, cette dernière phrase est un constat terrible pour l’école, mais un constat qui devrait servir de point de départ à un véritable travail pédagogique.

La critique est facile, l’art est difficile

Je trouve la démarche donc bien compliquée, presque perverse, juste pour démontrer quelque chose de faux plutôt que pour formaliser un véritable apprentissage. On trompe des gamins en utilisant une stratégie qui place les élèves dans une situation de jeu en information incomplète, alors que l’enseignant détient lui, toutes les informations. Ils jouent au poker contre un adversaire qui lit leurs cartes. Et perdent… C’est aussi logique intellectuellement que moralement discutable. On appelle ça tricher. Il y a donc des tricheurs de chaque côté.

Mais les questions posées par Loys sont légitimes. Pour ma part, j’aurais sans doute plutôt fait modifier aux élèves cette notice biographique trop succincte. D’une part, pour ne pas vandaliser wikipédia, mais aussi pour leur apprendre à effectuer des recherches ailleurs et leur montrer le processus d’édition et de validation (ou non)  d’une page wiki à visée encyclopédique. Je pense que des élèves de lycée, encadrés (et respectés) en sont tout à fait capables. Je le sais même puisque certains des contributeurs de wikipédia sont mineurs.

Pour des élèves plus jeunes, on trouve d’autres encyclopédies en ligne dans lesquelles ils peuvent également écrire, ici ou. J’imagine leur fierté de pouvoir contribuer à une encyclopédie.

Même en maternelle, on peut se poser intelligemment la question d’une écriture collective, réfléchie, à destination d’une public précis comme dans cette remarquable séquence pédagogique (le passage sur l’enfant qui a fait une bêtise est savoureux et montre qu’avec un discours adapté on obtient, même de très jeunes enfants, une réflexion de qualité sur l’identité numérique par exemple.)

(Mise à jour)

Suite à une remarque très juste de Soaze et à la lecture du forum concernant l’article, forum dans lequel Loys éclaire sa position, je tiens à signaler deux points positifs :

1/ Le fait que la démarche vise aussi à démontrer qu’un élève peut s’appuyer sur sa seule intelligence et bien sûr sur les cours qui ont précédé (et donc sans recherche documentaire) pour effectuer un commentaire composé est évidemment salutaire.

2/ Je crois comprendre que l’enseignant leurs aurait fait rédiger par ailleurs une page wiki…

Il n’y évidemment rien de défendable dans les sites qui fournissent des corrigés.

Je maintiens néanmoins mes critiques sur la question des biais de confirmation dans le raisonnement et sur la méfiance suscitée à l’égard de wikipédia.

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