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Escrocs, mais pas trop

Mardi 09 Février 2010 à 09:54 - Catégorie: Doppelgänger
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C’est la question toujours… Qu’est-ce tu d’viens ? Qu’est-ce tu fais ? Ça va ? Je ne deviens pas plus que je ne suis déjà devenu, je suis toujours caissier, vidéoclubbeur, camelot, tierce personne, DJ, écrivain raté, alcoolique mondain et oui ça va. J’ai ajouté des lignes à mon CV, bien sûr… Si je dois me souvenir de cette année 2009, prendre des leçons en vieillissant, je garderais le souvenir des nuits pas tout à fait dehors, de la vermine sur mon corps dont je garde encore les cicatrices, d’une nuit de joie procurée par l’héroïne. Ce sont des détails bien sûr… Mais ils sont inscrits sûrement… De la façon dont tu ne te souviens plus en détail d’une conversation mais parfaitement de la buée sur la bière et du morceau des Innocents qui passait derrière.

J’ai goûté à l’enfer, le petit, la porte, ce n’était pas mon heure. Et j’ai paumé Eurydice…

Pour tout le monde, ça passe vite. On change deux trois lignes sur un carnet d’adresses. On ferme sa gueule sur certains sujets de conversation. On remplace un mot par un autre, c’est pas si dur… Alors même qu’on disait le contraire quelques jours avant. Mais il faut bien s’adapter n’est-ce pas ? Des potes qui n’en ont pas été capables, j’en ai paumé deux-trois. Toi, j’ai été cherché ta môme à la maternité, je venais te chercher en bagnole et en pleine nuit parce que tu faisais des crises d’angoisse, je te ramenais chez nous. T’as oublié de m’écrire depuis, hein ? Une erreur dans le changement de ligne du carnet d’adresse sans doute. Les comme-ça, les mémoires courtes, je vous compte sur les doigts d’une main, j’ai pas à me plaindre. La majorité de mes amis est fidèle. Et puis t’inquiète pas, si tu me redemandais la même, je la referais. T’es juste un exemple. Mémoire et rancune sont deux choses différentes.

Qu’est-ce tu fais, tu me disais, avant que je ne m’égare ? Escroc toujours… Ah bon ? T’as l’air étonné, comme si un seul d’entre nous faisait autre chose… Comme si nous n’avions jamais joué le rôle de ce que nous sommes finalement devenus.

Ça va ? Ben oui, ça va… J’achète une maison même, avec Ma Demoiselle… Une belle, avec des pierres, un jardin, un potager, une serre, le tout cerné par des animaux de ferme. L’été, ça sera merveilleux comme dans une chanson de Nino Ferrer, y’aura du linge étendu sur la terrasse et plein d’enfants qui se roulent sur la pelouse. On sera déjà saouls à l’heure de l’apéro et je démarrerai le barbecue un peu trop tard. Tant pis, les amis resteront à dormir. Je continue l’escroquerie. Le RSA est mort, vive le RSA. Je discute avec des gens sérieux, agents, banquiers, notaires en essayant de leur faire croire que je comprends leur langue. Et à force, je comprends un peu. J’ai à nouveau un temps de travail correct, avec mes conneries à droite à gauche, ça me fait un temps plein. Daron à temps partiel, ça laisse du temps pour bosser. Et ça n’empêche pas le Petit Bouddha de pousser sur ses jambes. Elle sait même dire je t’aime maintenant.

Je montre pattes blanches. C’est ce qu’on demande aux loups, non ?

C’est peut-être la première fois que je fais aussi bien ce qu’on me demande. La peur sans doute… Ou pas… Peut-être que j’ai appris des choses encore. Peut-être qu’à défaut d’être un jour moins démuni face aux sentiments, peut-être qu’à défaut de pouvoir être, comme je l’ai été, à nouveau innocent, peut-être ai-je pris de l’expérience, ce mot terrible qui parle de chemises bien repassées recouvrant les cicatrices. J’ai été heureux, et j’ai décidé de l’être à nouveau. Je le suis à mes heures, et très même. Plus que je ne le mérite, sans doute. Mais le bonheur est injuste parce qu’il se comporte comme le malheur.

Je vous inviterai à mon bonheur futur quand le temps sera venu.

(Regard caméra) Et toi aussi, tu seras heureuse.

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