Grâce matinée

Jeudi 25 Février 2010 à 11:51 - Catégorie: Doppelgänger
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Dans un demi-sommeil, allongé sur le dos, je sens son corps derrière le mien, sa main droite posée sur mon sternum, ma main droite posée sur la sienne. Je me refuse à écarter les doigts pour les entrelacer aux siens de peur que cela ne la chasse, car nous interprétions tous deux ce geste comme appartenant au vocabulaire de la tendresse amoureuse et que cette tendresse là lui fait maintenant horreur. Cette simple pensée parasite le rêve et l’impression fugace s’évanouit laissant le vide autour de mon corps.

Il semble que je sois toujours amoureux de deux femmes, Eurydice et Ma Demoiselle cohabitent dans mon espace mental… Il semble que les deux soient d’accord pour trouver ça douloureux… D’après mon entourage, il paraît que c’est de toute façon impossible et que si cela l’était, cela serait interdit. Je n’en parle donc plus. J’efface Eurydice de mes conversations amicales, comme je l’ai gommé de ma vie et je m’en tiens au factuel. Quant à Ma Demoiselle, je résume grossièrement le bonheur que j’éprouve souvent à ses côtés à des formules empruntées au langage commun, débarrassées des scories de la passion. Ça se passe bien, on a des projets, le petit chat est mort. Il est probable qu’une bonne partie de la littérature ne doit sa pertinence qu’à l’impossibilité d’exprimer justement ses sentiments dans des situations sociales classiques (expression qui doit être encore plus difficile aux gens préférant la compagnie des livres à celle des êtres humains). L’émerveillement de Ruy Blas pour Doña Maria de Neubourg, Reine d’Espagne, serait sans doute assez pénible entre le fromage et le dessert. Et si ce n’est pas le cas pour la littérature, ça l’est probablement pour SOS Amitiés, les épanchements de fin de cuite ou le divan. Pour que l’on tolère que je continue à parler aussi franchement, il faudrait que je joue au désespéré, que je mette un masque pitoyable, que je déchire ma poitrine avec mes ongles, mais je n’ai ni poitrine ni ongle et je ne suis pas malheureux.

Je répugne cependant à effacer quoi que ce soit de mon esprit comme je peux le faire dans mes conversations. J’ai depuis de longues années pris un soin maniaque à préserver le mieux possible une imagination dont j’ai toujours pensé qu’elle était la reine des facultés. Mes fantasmes, dont je veux bien entendre qu’ils sont alternativement ou tout à la fois malsains, infantiles, stupides, en font partie. Je me les tiens au chaud. Ils resurgissent dans mon demi-sommeil, plus grand que je ne les croyais…

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  1. Yummette - 27/2/2010 - 11:38

    “D’après mon entourage, il paraît que c’est de toute façon impossible et que si cela l’était, cela serait interdit.”

    Si seulement c’était si simple. Bien sûr qu’on peut être amoureux de 2 personnes. Mais bien souvent, on ne veut bien le croire qu’une fois qu’on le vit soi-même.

    Très joli texte accessoirement.

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