Archives pour ‘Livre’

Soigner sa préface

Vendredi 27 Janvier 2012 à 10:07 - Catégorie: Citations
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“Nous avons fait table rase de tout qui embarrasse un livre ; l’esprit, l’observation, l’originalité, l’orthographe même ; et ne voilà que du crime.

En moyenne, chaque chapitre contiendra soixante-treize assassinats, exécutés avec soin, les uns frais, les autres ayant le temps d’acquérir, par le séjour des victimes à la cave ou dans la saumure, un degré de montant propre à émoustiller la gaîté des familles.

Les personne studieuses qui cherchent des procédés peu connus pour détruire ou seulement estropier leurs semblables trouveront ici cet article en abondance. Sur un travail de centralisation bien entendu, nous avons rassemblé les moyens les plus nouveaux. Soit qu’il s’agisse d’éventrer les petits enfants, d’étouffer les jeunes vierges ou de désosser MM.les militaires, nous opérons-nous mêmes.”

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Eureka Street, des copains ouvrent une librairie à Caen

Mercredi 22 Septembre 2010 à 19:20 - Catégorie: Uncategorized
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Le libraire est un animal qui a beau être omnivore et vivipare, il n’en est pas moins en voie de disparition.  Sa proximité morphologique avec l’espèce humaine devrait pourtant en faire une des espèces phare des programmes du WWF, mais, hélas ! celui-ci n’en a cure.

Mis en concurrence avec les Amazon farouches et les vendeurs de chaussettes qui n’hésitent pas à vendre des livres, la population libraire s’étiole. Sa faible capacité de reproduction ne l’aide pas beaucoup, et on a vu des couples de libraires élever des banquiers : la nature est ainsi faite qu’elle étonne toujours…

C’est pourquoi l’ouverture d’une librairie est un évènement qui est aussi émouvant que de nager avec les baleines sans avoir pris de kétamine (quoique nager avec des baleines sous kéta doit être vachement chouette aussi). Car, comme chacun sait, quand il n’est pas à l’apéro, le libraire vit dans une librairie. La librairie est au libraire ce que l’aire est à l’aigle, la tanière au loup, l’intestin au ténia, un endroit qui sent bizarre mais dans lequel il se sent bien, qui lui est indispensable pour poursuivre sa saine activité de libraire.

Or, tenez-vous bien, une libraire ouvre à Caen, 19 place de la République. A l’heure où la République se porte si mal, voilà une nouvelle qui fait chaud au coeur. Elle s’appelle Eureka Street et elle est tenue par Bénédicte et Pierre. Mais ce n’est pas tout, Eureka street est aussi une librairie itinérante en forme de Camion-Livre que vous trouverez sur les marchés de Caen et lors de certains évènements populaires et culturels. Ce Camion-Livre est conduit par Pierre qui est vachement plus fort que Bénédicte au bras de fer et ceci afin de respecter une vieille coutume des conducteurs de poids-lourds. Ils vendent du neuf et de l’occasion et à vue de nez se sont orientés vers la littérature, le polar, la SF et la jeunesse. Et on peut y boire du thé ou du café.

Avant qu’on ne découvre sa dépouille dans La Salle des espèces menacées et des espèces disparues du Museum d’Histoire Naturelle, allez-donc voir à Eureka Street, dans son milieu naturel, un des derniers couple de libraires en liberté (ils se sont même rencontrés dans une librairie, c’est dire). Vous y observerez Pierre, le mâle, conseiller des polars qu’il a réellement lu, alors qu’il y a un résumé sur la quatrième de couverture ; vous y verrez également Bénédicte parler de littérature comme si c’était un sujet vraiment important : ils sont comme ça les libraires… Un peu bizarre mais tellement proche de nous… Parfois, on croirait des êtres humains…

Plus d’infos, si tu cliques.

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« Notre escalier n’est point du tout propre à l’exécution d’un projet amoureux ; je fus obligée de me contenter de mille baisers et autres petits riens, le reste nous étant a peu près impossible par la situation des lieux. En quoi mon amant eût pu cependant réussir s’il eût voulu sacrifier son aisance à mes désirs, mais c’était un garçon qui, quoique jeune, recherchait déjà ses petites commodités en amour. J’eus pour lui plus de complaisance ; je lui rendis un de ces services obligeants qui, quoique dénué de plusieurs circonstances de la réalité, se termine par les mêmes effets. Cet aimable enfant, touché de mes bontés, versa par reconnaissance de ces larmes qui se répandent avec plaisir. »

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Soumettre le chaos à ses propres régles

Lundi 09 Août 2010 à 09:06 - Catégorie: Citations
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« Les dés en place devant lui, il resta deux minutes dans cette position, priant silencieusement. Puis il ramassa les deux dés et se mit à les agiter gaiement dans ses mains en cornet.

Tremble dans mes mains, ô Dé,                                                                               Tout comme je tremble entre les tiennes.

Et, tenant les dés au-dessus de sa tête, il entonna à haute voix :

O grands et sévères cubes de Dieu, descendez, frémissez, créez.                                 Je remets mon âme entre vos mains.

Les dés s’abattirent : deux et un, trois. Il devait quitter à jamais femme et enfants. »

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« Il faut environ une heure pour faire bouillir une tête. »

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Travailler son méchant

Mercredi 30 Juin 2010 à 11:41 - Catégorie: Citations
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« Fantômas !

— Vous dites ?

— Je dis… Fantômas.

— Cela signifie quoi ?

— Rien… et tout !

— Pourtant qu’est-ce que c’est ?

— Personne… mais cependant quelqu’un !

— Enfin, que fait-il ce quelqu’un !

— Il fait peur !!! »

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Le pré carré

Samedi 19 Juin 2010 à 14:28 - Catégorie: Doppelgänger
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Voilà que j’ouvre enfin Le Livre de l’intranquillité à la première page. J’en connais quelques citations superbes, et je l’ai feuilleté plusieurs fois avec plaisir en y piochant une espèce de poésie dérisoire et sensible avec beaucoup de plaisir. De Pessoa ou de la littérature lusophone en général, je ne sais rien. Je commence ma lecture presque vierge de toute idée autre que celles que j’ai lues dans ce livre.

Et voilà qu’un hors texte signé de trois personnes intelligentes contrôle mon entrée dans le livre. J’ai une casquette, des baskets, il n’est pas dit qu’on me laisse entrer comme ça. A l’intérieur de la boîte de nuit, on s’éclate entre gens bien qui savent ce que l’on doit savoir, pensent ce que l’on doit penser, écrivent ce qui doit s’écrire de Pessoa et de son livre. Et les videurs de la boîte, les muscles gonflés de leur bagage, me tiennent en dehors du texte pour m’expliquer que je dois enlever ma casquette et mes baskets et être bien poli.

J’aime de moins en moins cette façon qu’on a de garder les chefs-d’oeuvre derrière un rempart historique, culturel, hagiographique, critique que je dois franchir à chaque fois que je m’attaque à un classique.

Surtout que dans le cas des chefs-d’oeuvre, le hors-texte n’arrive presque jamais à la cheville du texte. Le marchepied est trop bas.

Et puis cette façon, de disséquer précisément le cadavre de Vénus – les aiguilles plantées dans sa peau écorchée, dans l’odeur des conservateurs – avant qu’on ait pu la lire, la voir, la humer pour de vrai me semble l’affaire des nécrophiles plutôt que la mienne…

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« Pourquoi faisons de la peine à nos parents ? Il n’y a pas d’explication à cela sinon que c’est une façon de nous entraîner pour plus tard, quand nous ferons de la peine à nos enfants. »

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Les livres discutent entre eux, de ces conversations silencieuses que seule l’oreille avisée entend. Le Livre de la Jungle parle d’Inde et d’animaux exotiques. Le Livre des records ne gonfle pas que les muscles, ce n’est que rodomontades, hâbleries et vantardises, il fait l’article. À côté de lui, Le Livre de Job a l’air bien geignard. Le Coran et La Bible s’engueulent. De toute façon, personne ne les écoute vraiment : les livres de cuisine sont partis manger, le livre numérique surfe sur internet. Quant aux enfants, ils jouent dehors, dans Le Livre de sable… On en perd plusieurs au milieu des pages dont on ne retrouve jamais la bonne. C’est la panique au Salon à cause des disparitions. On abandonne le livre d’or pour se ruer sur le cahier de doléances. Le Livre d’Élie dit qu’il l’avait bien dit, que la fin du monde est proche et qu’on l’a bien mérité. Le Livre brisé n’a pas le moral. Le public déserte pendant que les exposants sortent leurs livres de compte. C’est une catastrophe. On décide de réagir énergiquement, on met les livres anciens dans un coin où ils se mettent à radoter calmement. Ils en ont vu d’autres ! Ils en ont vu mourir des générations ; ils ne sont vraiment pas à une près. On appelle quelque livres courageux à la rescousse ? Le Tiers Livre ne fait pas grand chose et Le Quart livre, pas la moitié. C’est un naufrage ! Un marin sagace note l’heure du sinistre dans un livre de bord qu’il jette le plus loin qu’il peut dans une bouteille de rhum vidée sur l’instant sous le coup de l’émotion. Le Salon ferme. Le Salon sombre. Et tous les livres disparaissent. Les oreilles avisées n’entendent plus leurs murmures incessants.

Les associations de libraires, qui s’estiment spoliées, décident de rédiger un Livre noir du Salon du Livre de Paris 2010 au moment même où le gouvernement rédige, lui, un Livre blanc du Salon du Livre de Paris 2010. Le dialogue silencieux recommence et l’histoire va sans doute se répéter.

Quelqu’un s’avise que de toute façon tous les livres sont contenus dans Le Livre de Sable et qu’il n’y a qu’à le recopier.

(Merci à AppAs pour la conversation…)

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