Archives pour ‘Hartzala’

Genre : les premières nuits

Jeudi 05 Août 2010 à 19:09 - Catégorie: Genre
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(Préviousselie)

C’était notre première vraie nuit à L’Hartzala et à moi. On en avait eu d’autres, mais dans des hôtels… Elle avait attendu le grand soir deux ou trois piges, je sais pas comment elle a fait. Elle a peut-être pas attendu d’ailleurs, mais bon, je m’en foutais. La toute, toute première, on a été à l’hôtel, deux nuits consécutives. On a bu comme des trous, on se cassait la gueule du lit pour un oui, pour un non et on continuait sur le lino. Elle avait pas froid aux yeux. Dans ses lettres non plus d’ailleurs, mais là, j’étais sûr. Comme je refusais de bosser, j’avais payé avec le cantinage et des restes de mandat, mais bon j’y tenais. C’était un truc assez minable, des putes nigérianes et des étudiants arabes, ça gueulait toute la nuit, mais nous, on aurait baisé au milieu d’un supermarché sans s’en rendre compte. Le jour, on faisait des courses pour ma gueule, j’avais l’air d’un con avec mes sapes d’avant. Sortir, c’est faire un saut dans le futur et pour L’Hartzala, ça passait par s’adapter à la mode du jour. Le jour, j’étais un gamin qu’on habille ; la nuit, je redevenais un homme qu’on déshabille. Ca peut paraître débile. Surtout aux gens qui ignorent ce qu’est être privé de sexe à 25 piges.

La perme suivante, elle a payé les nuits. Un truc classieux, une chambre immense avec un lit qui n’en finissait pas. J’en avais le vertige dans mon demi-sommeil que ce soit si grand. Il y avait des trucs dingues comme du parquet, un vélux, des lampes de chevets, une salle de bains avec une baignoire. Et pas de télévision. Enfin, pas allumée quoi…

C’est là qu’on avait causé vraiment. Je lui ai parlé d’une maison… Qu’on achèterait… Elle m’a dit que c’était précipité – j’apprenais encore des mots, moi – que je n’avais pas d’argent, de toute façon. Rapport à l’hôtel minable. Je lui ai expliqué. Elle me regardait avec des yeux comme des billes et un drôle de sourire. Elle connaissait rien au milieu, elle en apprenait plein d’un coup. Elle a dit oui pour la maison. Et les risques qui pouvait aller avec… Y’a que les noms exacts que je lui ai pas dit. J’allais pas non plus lui filer un carnet d’adresse. Elle m’a pas dit non plus si elle avait vu mon affaire à la télé. Elle savait sans doute tenir sa langue, à sa façon. Elle m’a  dit qu’elle paierait la moitié, qu’elle voulait être indépendante, qu’elle ouvrirait un cabinet et qu’on aurait des rosiers. Qu’elle m’aimait. Et qu’elle me quitterait au moindre problème lié à mon passé.

On se retrouve des mois plus tard dans la baraque à faire notre première vraie nuit chez nous. Je lui ai fait un foie gras chaud et un coq au vin, elle mange surtout les morilles et les haricots verts du jardin. Parce qu’on a un jardin. Et un jardinier. Et une femme de ménage. C’est L’Abbé encore qui s’en est occupé, pour que tout soit nickel à notre arrivée. Le jardinier, c’est un petit vieux qui trouve son propre jardin trop petit et sa retraite pareil. Elle, c’est une espagouin, elle baragouine trois mots de français. L’Abbé trouve ça plus prudent vu qu’elle aura accès à la maison. On boit pas mal de vin jaune, et je monte L’Hartzala dans mes bras pour franchir le seuil de la chambre qu’elle a pas encore vue. Elle a l’air heureuse. On fait l’amour tout doucement et elle s’endort en me disant que c’est pas grave. Je la regarde et je me dis que j’ai du bol.

Et puis d’un coup, j’entends les vaches qui se mettent à meugler à la mort. Pas d’orage, pas de pluie, pas de vent. Il est quatre du. Pas un bruit. Sauf les meuglements et les cavalcades des bêtes paniquées. J’ouvre les yeux, retiens mon souffle, m’habitue à l’obscurité et me lève doucement pour ne pas la réveiller quand j’entends un coup de feu retentir. Un gros calibre. Je me lève et ferme à clé la porte de la chambre. Je descends, lumières éteintes, et décroche un des fusils du râtelier. Un gros calibre. Je suis surpris que ça arrive si tôt. Mais au moins, on jouera à armes égales.

(Toubicontinioude…)

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Genre : la baraque

Mercredi 04 Août 2010 à 18:16 - Catégorie: Genre
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La baraque est mortelle. C’est L’Abbé qui s’est chargé de tout : l’achat, les papiers avec le faux nom, il s’est même occupé des factures que je reçois avec la régularité d’une promenade. Il a fait au plus simple, une lettre changée pour lui, ça suffit. Avec un nom aussi commun ils vont être long avant de commencer à  me chercher. C’est pas qu’il aime pas les fioritures, L’Abbé, c’est que l’efficacité prime. Et ça permet de coller à mes vrais papiers sans que quiconque ne me regarde de travers. Bon sur ce point, ma gueule et mes tatouages suffisent, et puis deux trois habitudes un peu particulières, le fait de conduire avec les yeux dans le rétro, de tout payer en liquide, de chier la porte ouverte, ce genre… Mais je me tiens à carreau… J’ai de quoi voir venir…

La baraque est direct sur les causses. On dirait qu’elle est tombée du ciel là et qu’elle s’y est plu. Je voulais de l’isolé, L’Abbé pouvait pas mieux faire. Dehors, c’est le Far West avec des aubracs en guise de bisons. Ca ondule jusqu’à l’horizon. Le village est en contrebas à dix minutes en voiture l’été et devient inaccessible pendant les périodes de neige. Il s’appelle Genre. L’Abbé m’a aussi procuré deux petits calibres et une foison de fusils de chasse ainsi qu’un port d’armes et un permis de chasse. Il est comme ça, L’Abbé, perfectionniste. S’il n’avait pas la sale manie d’accompagner ses escroqueries d’affaires de moeurs, il serait parfait. Mais comme il dit : ” Qui, mieux que les ecclésiastiques, sait que la chair est faible ? ” Il aime les formules, L’Abbé.

L’Hartzala, elle, elle ne sait pas trop quoi en penser. Elle regarde la maison d’un oeil tendre, me lance ensuite le même regard et quand elle se retourne vers le plateau, elle fronce les sourcils. Au premier plan, les aubracs, ça lui plaît. Elle trouve qu’elles ont de jolis yeux et de belles robes. Mais la suite aride, l’absence de bâtiments au loin, je vois bien que ça lui remue les entrailles. Et elle a plus confiance en ses entrailles qu’en moi. Il n’y a que le vent qui a l’air de s’amuser ici. On dirait que tous les vents se sont donnés rencard sur le plateau. Même pour les arbres la vie n’est pas facile. Ils sont tordus de partout. Elle se doute bien que pour nous, ça va pas être du nanan. Là, il fait chaud comme dans un cul.

Le village me plaît déjà. On dirait une sorte de best-of de drôles de gueules, comme si le vent leur avait tordu aussi le regard, les tarbouifs et les tronches. Et faut voir les looks, du hippie dégoulinant de tissus de couleur, de l’apache en tracteur avec des visages couturés de cicatrices, du vieux rocker en pagaille et des anciens à l’équerre qui peuvent pas regarder le ciel sans s’asseoir. Ca manque de femme, mais j’ai l’habitude. Et le bar est ouvert de cinq heure du matin à quatre heure du matin. C’est un plaisir rien que d’y songer. Je sais pas comment les piliers font pour cuver dans le froid en une heure, mais je vais vite m’intéresser à la question. Et on fume au comptoir en plus. Une bonne habitude dans les lieux publics.

Le seul petit souci, c’est notre première nuit. Nous on est venus au calme, oublier le passé, la fleur au fusil. L’Hartzala a tellement pioncé dur que j’avais peur qu’il y ait un trou dans le matelas. Ca faisait pas douze heures qu’on était là qu’il y avait déjà un mort. Et pas du franchement propre…

(Toubicontinioude…)

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