Genre : la baraque

Mercredi 04 Août 2010 à 18:16 - Catégorie: Genre
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La baraque est mortelle. C’est L’Abbé qui s’est chargé de tout : l’achat, les papiers avec le faux nom, il s’est même occupé des factures que je reçois avec la régularité d’une promenade. Il a fait au plus simple, une lettre changée pour lui, ça suffit. Avec un nom aussi commun ils vont être long avant de commencer à  me chercher. C’est pas qu’il aime pas les fioritures, L’Abbé, c’est que l’efficacité prime. Et ça permet de coller à mes vrais papiers sans que quiconque ne me regarde de travers. Bon sur ce point, ma gueule et mes tatouages suffisent, et puis deux trois habitudes un peu particulières, le fait de conduire avec les yeux dans le rétro, de tout payer en liquide, de chier la porte ouverte, ce genre… Mais je me tiens à carreau… J’ai de quoi voir venir…

La baraque est direct sur les causses. On dirait qu’elle est tombée du ciel là et qu’elle s’y est plu. Je voulais de l’isolé, L’Abbé pouvait pas mieux faire. Dehors, c’est le Far West avec des aubracs en guise de bisons. Ca ondule jusqu’à l’horizon. Le village est en contrebas à dix minutes en voiture l’été et devient inaccessible pendant les périodes de neige. Il s’appelle Genre. L’Abbé m’a aussi procuré deux petits calibres et une foison de fusils de chasse ainsi qu’un port d’armes et un permis de chasse. Il est comme ça, L’Abbé, perfectionniste. S’il n’avait pas la sale manie d’accompagner ses escroqueries d’affaires de moeurs, il serait parfait. Mais comme il dit : ” Qui, mieux que les ecclésiastiques, sait que la chair est faible ? ” Il aime les formules, L’Abbé.

L’Hartzala, elle, elle ne sait pas trop quoi en penser. Elle regarde la maison d’un oeil tendre, me lance ensuite le même regard et quand elle se retourne vers le plateau, elle fronce les sourcils. Au premier plan, les aubracs, ça lui plaît. Elle trouve qu’elles ont de jolis yeux et de belles robes. Mais la suite aride, l’absence de bâtiments au loin, je vois bien que ça lui remue les entrailles. Et elle a plus confiance en ses entrailles qu’en moi. Il n’y a que le vent qui a l’air de s’amuser ici. On dirait que tous les vents se sont donnés rencard sur le plateau. Même pour les arbres la vie n’est pas facile. Ils sont tordus de partout. Elle se doute bien que pour nous, ça va pas être du nanan. Là, il fait chaud comme dans un cul.

Le village me plaît déjà. On dirait une sorte de best-of de drôles de gueules, comme si le vent leur avait tordu aussi le regard, les tarbouifs et les tronches. Et faut voir les looks, du hippie dégoulinant de tissus de couleur, de l’apache en tracteur avec des visages couturés de cicatrices, du vieux rocker en pagaille et des anciens à l’équerre qui peuvent pas regarder le ciel sans s’asseoir. Ca manque de femme, mais j’ai l’habitude. Et le bar est ouvert de cinq heure du matin à quatre heure du matin. C’est un plaisir rien que d’y songer. Je sais pas comment les piliers font pour cuver dans le froid en une heure, mais je vais vite m’intéresser à la question. Et on fume au comptoir en plus. Une bonne habitude dans les lieux publics.

Le seul petit souci, c’est notre première nuit. Nous on est venus au calme, oublier le passé, la fleur au fusil. L’Hartzala a tellement pioncé dur que j’avais peur qu’il y ait un trou dans le matelas. Ca faisait pas douze heures qu’on était là qu’il y avait déjà un mort. Et pas du franchement propre…

(Toubicontinioude…)

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« Il faut environ une heure pour faire bouillir une tête. »

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L’outrage au drapeau

Mardi 27 Juillet 2010 à 14:39 - Catégorie: Imprévus de presse
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Je cite entre guillemets un extrait du billet de Maître Eolas, tenancier d’un blog fort instructif :

“Le Gouvernement, qui n’a visiblement rien de mieux à faire de ses journées (Quelle crise ? Quelles affaire ? Où ça, une guerre en Afghanistan ?) a aujourd’hui décidé de rétablir une infraction de blasphème.

Le décret n°2010-835 du 21 juillet 2010 relatif à l’incrimination de l’outrage au drapeau tricolore est publié aujourd’hui au JO, et incrimine d’une contravention de 5e classe (1500 € d’amende max, 3000€ en cas de récidive)

le fait, lorsqu’il est commis dans des conditions de nature à troubler l’ordre public et dans l’intention d’outrager le drapeau tricolore :

1° De détruire celui-ci, le détériorer ou l’utiliser de manière dégradante, dans un lieu public ou ouvert au public ;

2° Pour l’auteur de tels faits, même commis dans un lieu privé, de diffuser ou faire diffuser l’enregistrement d’images relatives à leur commission.

Rappelons que cette loi indispensable est due uniquement à [une photo], primée lors d’un concours de photographie de la FNAC de Nice sur le thème du politiquement incorrect. En effet, aucune loi ne permettait de punir cet artiste pour son oeuvre, vous réalisez le scandale : on se serait cru dans, horresco referens, un pays de liberté, du genre de celui qui écrirait ce mot sur le frontispice de ses bâtiments publics.”

Mon cher Drapeau,

je vais me dépêcher avant que cet outrage ne concerne plus l’objet physique, mais aussi le symbole. Pour l’instant, je dois être tranquille, je l’espère en tout cas. Mon cher drapeau, disais-je… Je n’ai a priori aucune raison de t’outrager, dans le fond, tu m’importes peu. Tu es certes le symbole d’une République dont j’apprécie la devise et certaines valeurs, mais tu as aussi été le drapeau de deux empires, de quelque courte monarchie oubliée et même du régime de Vichy : le drapeau des crimes coloniaux ou des déportations, c’était toi aussi. Alors, tu as beau être dressé sur tes fers de lance, la plupart du temps, c’est moi qui te regarde de haut. Tu n’a toujours été qu’un symbole et tu deviens avec le temps un outil de communication qu’on vide de son sens.

Il faut dire qu’esthétiquement, tu n’es pas très beau. Tes couleurs sont presque primaires, et le blanc, que tu portes en ton centre, n’a pas la poésie des pages que je noircis puisque je ne peux plus y écrire ce que je veux. Tu es moche et tu es devenu triste…

C’est pourquoi, si nécessité devait se produire, non, je n’hésiterais aucunement à te brûler si j’avais froid pour allumer un feu, à te conchier si je n’avais plus que toi sous la main au sortir d’une diarrhée, à te souiller de foutre s’il s’avérait que tu sois de soie ou d’autres humeurs si je devais faire l’amour avec toi pour unique drap, à te faire couche pour mes enfants ou mouchoir pour mes aînés, je te déposerais dans la boue au pied d’une femme pour qu’elle ne salisse pas ses pieds sacrés. Tu remplirais alors ta fonction première, celle de la défense de ton peuple dont je fais partie. Tu ne serais plus un symbole qui se vide, mais un réservoir outragé, ô combien utile, apportant chaleur, lumière, douceur, asile, ce que devrait toujours être le phare d’une nation.

Drapeau, si je t’emmerde aujourd’hui, c’est que la liberté que tu es censé représenter, c’est en ton nom qu’on lui porte atteinte en créant ce délit d’outrage.

Alors va chier, drapeau… chiure de langue de bois… suppositoire… gua(i)no… ordure… oriflemme… déchet… bandemourole… pourriture… étendard sanglant… saloperie… fanion… Ta raie blanche, je lui pisse dessus… Ton ciel bleu, je lui crache à la gueule… Ton rouge, j’en frotte les carcasses puantes des hommes qui furent tués sous tes couleurs pour qu’un sang impur ravive leurs corps inanimés…

Et je te prie de recevoir mes amitiés patriotiques et outrageantes, pauvre connard !

LOBO.

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De ce que l’on fait

Lundi 26 Juillet 2010 à 17:24 - Catégorie: Fugitives
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Là, des centaines de pages, des milliers de lignes, des millions de signes (enfin il faudrait recompter…) un blog, deux romans inachevés, des nouvelles que je ne compte plus et qui ne comptent plus, des articles à droite à gauche pour des fanzines ou des revues, des critiques…

Ici, ce qu’il convient d’appeler une petite fille. Une très simple petite fille… Ni moins certes, mais ni plus quand même qu’une petite fille. Un miracle permanent fait de grâce, de force et d’intelligence en pleine expansion.

Et j’oserais, de là, parler de mon oeuvre ?

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L’honnête homme se méfie à juste titre de la station balnéaire, lui préférant, de loin, la station bipède qui le différencie de la bête et de l’estivant.

Avant d’en expliquer les raisons, il convient de définir d’abord ce qu’est une station balnéaire. C’est un lieu de séjour, en bord de mer, spécialement aménagé pour les vacanciers. Le poil se dresse de frayeur. La station commence exactement là où elle s’achève, en bord de mer. Elle trempe les pieds dans l’immensité en la trouvant froide au début mais c’est pas grave après elle est bonne. On ne saurait traiter l’immensité de façon plus grossière. Il faut dire que les égouts s’y déversent. Quant au vacancier, c’est une espèce absurde qui travaille toute l’année pour pouvoir s’offrir du repos sous prétexte que le chômeur est en vacances toute l’année sans en avoir les moyens. Autant dire que si l’honnête homme marche sur ses pieds, le vacancier, lui, marche sur la tête.

Le comportement du vacancier est absurde. Il a un petit appartement avec tout le confort moderne en banlieue parisienne et va dormir dans une tente incommode au camping. Il habite à deux pas d’un supermarché pratiquant toute l’année les prix les plus bas et décide pendant quinze jours d’acheter des saucisses au prix du caviar. Alors que sa femme les réussit parfaitement à la maison, il préfère les cuire lui même et parvenir à la substance du barbecue estival, le bout de charbon au goût de porc cru. Il joue au tennis sur la plage, alors que la balle de rebondit pas sur le sable. S’il n’était idiot, on penserait que le vacancier est un imbécile, mais non, il est juste con. Il n’y a guère que les enfants pour se comporter exactement de la même façon chez eux et dans les stations balnéaires, mais peut-on vraiment se fier à des individus qui ne comprennent rien à la géométrie non euclidienne et qui trouvent que la guerre c’est mal. Lorsqu’un enfant aura le prix Nobel de Mathématiques nous en reparlerons, mais je vous fiche mon billet que ce n’est pas prêt d’arriver et pour cause…

L’honnête homme, lui, n’est ni juillettiste, ni aoûtien, non, il est éternel. Il peint des nymphéas à Giverny et s’intéresse aux passereaux des Galapagos. La nuit venue il regarde les nuages de Magellan en se sentant bien peu de chose certes, mais tellement plus qu’un vacancier.

Pourtant, pour peu qu’il accepte de se mélanger, de temps en temps, au bas peuple, il est indéniable qu’il en ressort encore grandi. Il y a en tout honnête homme un amoureux des arts qui sommeille, un naturaliste qui repose, un homme sensible.

La station balnéaire est à notre sens le musée de l’architecture du XXème. Se côtoient dans une même ville station des villas Art Nouveau dont les arabesques semblent pleurer de se trouver à côté de pavillons brutalistes et les utopies des grands immeubles de l’architecture High-Tech nous montrent qu’au temps des gilets de laine et des pantalons pattes-d’éph, on concevait un avenir lointain qui n’a pris que dix ans pour ressembler à un passé éloigné. Plutôt que d’aller geindre sur les ruines de l’Acropole, l’âme romantique moderne ira en bord de mer observer ces modes successives qui en croyant tutoyer l’éternité de la beauté n’ont fait qu’offrir à l’idée de ruine des déclinaisons infinies dans ce qui ressemble à un cimetière de l’architecture dont les créatures nécrophages porteraient des tongs et des lunettes de soleil. C’est sans doute l’une des premières raisons qui font que  l’âme sensible flânant rue de la Mer sent poindre l’obscure nostalgie qui suinte de toute station balnéaire.

On croit pouvoir se raccrocher aux jardins. Les essences exotiques n’y sont pas rares et les palmiers y grelottent sous des latitudes où on ne les attendaient plus. Les stations balnéaires sont des Jardins des plantes à ciel ouvert et dont l’entrée est gratuite. Les plantes y sont presque toutes en exil et rêvent la nuit aux déserts ancestraux et aux forêts tropicales. C’est là une autre forme de nostalgie.

Mais c’est bien du côté des vacanciers que l’honnête homme devra finalement tourner ses regards pour saisir l’essence de ce lieu qui tâche de construire une chimère paradisiaque, celle d’un été sans fin qui est celui de l’enfance, des gâteaux de sable et des rires qui s’envolent dans la chaleur étouffée des soleils couchants.

On ne compte plus les familles, les lignées qui d’année en année, de génération en génération retourne au même endroit, se baigner dans la même eau et se rappeler indistinctement les premières amours quand la pérennité d’un je t’aime durait quinze jours pour secouer l’âme jusqu’à la mort.

Ils étaient alors secs comme des coups de trique, bronzés comme des marins et plongeaient des hautes digues loin du rivage en ignorant la peur… Ils avaient quinze ans seulement et pensaient pour la première fois être des hommes. Ils regardaient les filles qui n’en finissaient pas d’éclore et pendant que les gamines couraient le cul à l’air, barbouillées de sable et les cheveux mêlés de sel et d’algues, les grandes soeurs couvraient pour la première fois leurs seins en ignorant que cette soudaine pudeur les rendaient plus indécentes que jamais qui soulignait ce qui était auparavant invisible.

Ils avaient sept ans à peine et gouvernant des châteaux de sable, ils luttaient jusqu’à la mort ou jusqu’au goûter face aux flots déchainés de la marée montante. L’été durait deux mois, c’est à dire toujours et maintenant il dure quinze jours, c’est à dire trop peu.

Et chaque année, malgré la fatigue et l’âge et la pauvreté, la transhumance recommence, et on observe à nouveau le ballet des jeux et les chorégraphies des séductions adolescentes.

Et malgré les dunes éventrées, malgré le tape à l’oeil des commerces, malgré l’odeur grasse des grillades et des huiles dont on s’asperge pour mieux brûler vite et bien, malgré les embouteillages qui durent plus que les bains, tout dans la station balnéaire, son architecture sauvage, ses plantations incongrues et ses migrations klaxonnantes, tout ce fatras est un humble hommage déposé aux pieds nus chaussés de sandales en plastique  de cet enfant qui mange du sable en riant, de cette jeune fille qui met son premier bikini avec l’émoi d’une jeune mariée enfilant une robe immaculée. Et tant qu’ils riront de tout ou rougiront d’un rien, il y aura derrière la laideur du béton, la beauté de l’enfance qui comme la mer est toujours recommencée.

(Ce texte est dédié à Guillaume, Amélie, Julie et Lou…)

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Je t’ai à l’oeil

Jeudi 01 Juillet 2010 à 18:19 - Catégorie: Fugitives
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Je suis obnubilé par ces histoires de regard et de vision. Mais je ne peux pas les écrire sans verser dans un intime qui ne m’appartient pas.

Je joue mentalement avec l’idée et tâche de résumer l’amour à un comptine. Comme si nous chantions l’amour alors que c’est bien le contraire, c’est l’amour qui nous chante, jusqu’à ce qu’il se fatigue de nous.

Tout se résume à ces visions.

D’abord, je t’ignore. Puis je te vois parce que tu m’apparais. Puis je te vois sans cesse, même quand tu es absente, surtout quand tu es absente. Puis je te vois sans cesse, à mes côtés. Puis je ne peux plus te voir parce que tu es toujours à mes côtés. Puis je te vois sans cesse parce que tu n’es plus là. Puis je ne te vois plus. Et je te regrette.

J’hésite beaucoup en ce moment. Entre le scalpel et la plume à l’encre rose…

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Travailler son méchant

Mercredi 30 Juin 2010 à 11:41 - Catégorie: Citations
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« Fantômas !

— Vous dites ?

— Je dis… Fantômas.

— Cela signifie quoi ?

— Rien… et tout !

— Pourtant qu’est-ce que c’est ?

— Personne… mais cependant quelqu’un !

— Enfin, que fait-il ce quelqu’un !

— Il fait peur !!! »

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Meet me in Montauk

Mardi 29 Juin 2010 à 13:46 - Catégorie: Mensonge
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Il y aurait, dans ce grand chalet au sommet des dunes, face à l’océan, de longues veillées autour du piano qui jouerait cette même ritournelle qui plait tant à tous. Dans la grande salle, il y aurait ce parent mort, assis confortablement, un peu embarrassé de s’être un jour suicidé mais dont le rire clair rassurerait le conjoint survivant. Celui-ci ne se tiendrait plus écrasé par le deuil, mais debout à servir à la cantonade un vin léger. Il y aurait cet aïeul à peine connu, par le souvenir effacé, dont la présence discrète accentuerait le parfum de nostalgie. Sa main ne tremblerait plus, elle aurait juste la force et le poids de l’âge quand, posée sur notre épaule, il dirait à tous le jour de notre naissance et comment ce fût la dernière fois qu’il fut heureux avant de mourir… avant ce soir… Il y aurait nos frères et soeurs réconciliés, évoquant les jeux perdus, réunis à nouveau dans une complicité enfantine. Il y aurait les amis, les aimés, tous nos lointains, tous nos disparus, tous nos morts devisant comme si de rien n’était, ayant oublié comme nous les avions pleuré, se détournant parfois des conversations pour nous adresser un sourire inespéré, miraculeux. A l’étage, on entendrait la course de nos enfants, à tous les âges de leur vie, à tous ceux où nous avions été injustes, absents, mal-aimants. Leurs rires descendraient l’escalier pour venir se blottir dans nos bras et nous, le coeur battant à tout casser, nous plongerions le nez dans l’odeur de leurs cheveux. Nous les élèverions à nouveau avec attention et patience. La porte s’ouvrirait alors sur l’aîné, dégoulinant de pluie, revenu comme chaque soir du bout du monde où il était parti aimer, travailler, nous manquer. Il y aurait toutes nos amours – et leurs amours à elles -, toutes nos amours inconciliables auxquelles nous accorderions une égale et juste tendresse sans que rien ne soit plus jamais douloureux pour quiconque. Au dehors, la pluie et le vent redoubleraient de force et la cheminée crépiterait au rythme de notre pouls. Et nos étreintes éternelles dureraient mille éternités.

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Message personnel

Vendredi 25 Juin 2010 à 14:41 - Catégorie: Doppelgänger
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Je t’aime, mec.

Prends-ton temps, ça sera toujours un plaisir…

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On le sait, les humoristes ne sont pas sérieux. Ils riraient à leur propre enterrement s’ils le pouvaient.

Rien ne distingue a priori l’humoriste de l’honnête homme. L’humoriste va à la selle une fois par jour, est obligé de se couper les ongles régulièrement et trouve son enfant plus attendrissant que celui des autres. Tout au plus repère-t-on une plus grande proportion d’humoristes chez les gens qui ont subi une ablation du prépuce ou qui aiment prendre le thé vers 17h00. Cette adéquation statistique n’a encore à ce jour trouvé aucune explication logique. Si vous n’avez pas d’humour, inutile donc de vous faire hospitaliser ou d’adopter des coutumes barbares.

Non, la seule chose qui distingue l’humoriste de l’honnête homme, c’est qu’il pratique l’humour. Le mot est d’origine anglaise, on ne sait pas très bien ce qu’il peut signifier. Tout au plus peut-on constater que l’humoriste aime à relever autour de lui les détails insolites, ridicules ou absurdes de la réalité. Quand l’honnête homme voit en l’éléphant le dernier représentant des proboscidiens, l’humoriste lui ne voit qu’un animal au long nez… L’humoriste est un imbécile qui ne peut susciter de sympathie, puisqu’il le fait exprès. A contrario, on est en droit d’admirer l’honnête homme  qui, quand il se comporte comme un idiot, le fait bien malgré lui.

Certains humoristes, non content de se moquer de tout et de rien, et surtout des choses d’importance, décident même de faire profession des rires gênés qu’ils provoquent. Ils ajoutent alors à l’ironie et à la satire un cynisme intolérable et rémunéré. Pendant ce temps, l’honnête homme lui sue sang et eau pour nourrir sa famille en fabriquant des missiles, en éduquant des sauvageons ou en étant sélectionneur d’une équipe de foot.

L’humoriste n’est donc pas qu’un imbécile volontaire, c’est aussi un salaud. D’ailleurs, il n’était pas rare qu’Hitler raconte des blagues juives en fin de repas… Nous devrions nous féliciter chaque fois qu’un honnête homme vire un humoriste. Surtout quand cet honnête homme est lui-même un humoriste repenti, revenu de l’enfer des coussins péteurs et des contrepets. Philippe Val faisait des spectacles comiques dans les années 70, accompagné d’un sinistre gauchiste qui a fini en prison à cause d’une blague pas drôle. Mais la vie de Philippe Val a changé quand il est entré en Résistance, guidé par l’esprit des Lumières, contre la Nuit Humoristique : il a d’abord courageusement tenu la chronique la plus prodigieusement emmerdante d’un hebdomadaire satirique avant de diriger une station de radio d’une main de fer. Dans les deux cas, il s’est astreint à virer des humoristes. Et il a bien fait.

Un bon humoriste est un humoriste viré. Je vous l’avoue, je doutais des qualités de Stéphane Guillon et de Didier Porte, le premier me faisait rire un peu et l’autre à peine. La chronique radio suppose des contraintes d’écriture telles que seul un authentique génie du verbe pourrait y être toujours drôle. La mise en scène de soi que suppose la chronique entraîne l’écriture dans des jeux d’égo où l’on perd facilement l’humilité que devrait garder tout humoriste, car se moquer de tout, c’est surtout se moquer de soi. Je ne crois pas Stéphane Guillon et Didier Porte aient toujours franchi haut la main ces deux obstacles (et j’en serais pour ma part tout à fait incapable…) mais ils ont tout de même réussi quelque chose. Car la dernière contrainte qui s’imposait à eux, était celle du salariat, de la commande, de la discipline et de la ligne éditoriale. En s’en moquant, ils se sont fait viré et ont prouvé qu’ils étaient d’authentiques humoristes. Ils ont ri à leur enterrement.

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