De ce que l’on fait

Lundi 26 Juillet 2010 à 17:24 - Catégorie: Fugitives
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Là, des centaines de pages, des milliers de lignes, des millions de signes (enfin il faudrait recompter…) un blog, deux romans inachevés, des nouvelles que je ne compte plus et qui ne comptent plus, des articles à droite à gauche pour des fanzines ou des revues, des critiques…

Ici, ce qu’il convient d’appeler une petite fille. Une très simple petite fille… Ni moins certes, mais ni plus quand même qu’une petite fille. Un miracle permanent fait de grâce, de force et d’intelligence en pleine expansion.

Et j’oserais, de là, parler de mon oeuvre ?

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L’honnête homme se méfie à juste titre de la station balnéaire, lui préférant, de loin, la station bipède qui le différencie de la bête et de l’estivant.

Avant d’en expliquer les raisons, il convient de définir d’abord ce qu’est une station balnéaire. C’est un lieu de séjour, en bord de mer, spécialement aménagé pour les vacanciers. Le poil se dresse de frayeur. La station commence exactement là où elle s’achève, en bord de mer. Elle trempe les pieds dans l’immensité en la trouvant froide au début mais c’est pas grave après elle est bonne. On ne saurait traiter l’immensité de façon plus grossière. Il faut dire que les égouts s’y déversent. Quant au vacancier, c’est une espèce absurde qui travaille toute l’année pour pouvoir s’offrir du repos sous prétexte que le chômeur est en vacances toute l’année sans en avoir les moyens. Autant dire que si l’honnête homme marche sur ses pieds, le vacancier, lui, marche sur la tête.

Le comportement du vacancier est absurde. Il a un petit appartement avec tout le confort moderne en banlieue parisienne et va dormir dans une tente incommode au camping. Il habite à deux pas d’un supermarché pratiquant toute l’année les prix les plus bas et décide pendant quinze jours d’acheter des saucisses au prix du caviar. Alors que sa femme les réussit parfaitement à la maison, il préfère les cuire lui même et parvenir à la substance du barbecue estival, le bout de charbon au goût de porc cru. Il joue au tennis sur la plage, alors que la balle de rebondit pas sur le sable. S’il n’était idiot, on penserait que le vacancier est un imbécile, mais non, il est juste con. Il n’y a guère que les enfants pour se comporter exactement de la même façon chez eux et dans les stations balnéaires, mais peut-on vraiment se fier à des individus qui ne comprennent rien à la géométrie non euclidienne et qui trouvent que la guerre c’est mal. Lorsqu’un enfant aura le prix Nobel de Mathématiques nous en reparlerons, mais je vous fiche mon billet que ce n’est pas prêt d’arriver et pour cause…

L’honnête homme, lui, n’est ni juillettiste, ni aoûtien, non, il est éternel. Il peint des nymphéas à Giverny et s’intéresse aux passereaux des Galapagos. La nuit venue il regarde les nuages de Magellan en se sentant bien peu de chose certes, mais tellement plus qu’un vacancier.

Pourtant, pour peu qu’il accepte de se mélanger, de temps en temps, au bas peuple, il est indéniable qu’il en ressort encore grandi. Il y a en tout honnête homme un amoureux des arts qui sommeille, un naturaliste qui repose, un homme sensible.

La station balnéaire est à notre sens le musée de l’architecture du XXème. Se côtoient dans une même ville station des villas Art Nouveau dont les arabesques semblent pleurer de se trouver à côté de pavillons brutalistes et les utopies des grands immeubles de l’architecture High-Tech nous montrent qu’au temps des gilets de laine et des pantalons pattes-d’éph, on concevait un avenir lointain qui n’a pris que dix ans pour ressembler à un passé éloigné. Plutôt que d’aller geindre sur les ruines de l’Acropole, l’âme romantique moderne ira en bord de mer observer ces modes successives qui en croyant tutoyer l’éternité de la beauté n’ont fait qu’offrir à l’idée de ruine des déclinaisons infinies dans ce qui ressemble à un cimetière de l’architecture dont les créatures nécrophages porteraient des tongs et des lunettes de soleil. C’est sans doute l’une des premières raisons qui font que  l’âme sensible flânant rue de la Mer sent poindre l’obscure nostalgie qui suinte de toute station balnéaire.

On croit pouvoir se raccrocher aux jardins. Les essences exotiques n’y sont pas rares et les palmiers y grelottent sous des latitudes où on ne les attendaient plus. Les stations balnéaires sont des Jardins des plantes à ciel ouvert et dont l’entrée est gratuite. Les plantes y sont presque toutes en exil et rêvent la nuit aux déserts ancestraux et aux forêts tropicales. C’est là une autre forme de nostalgie.

Mais c’est bien du côté des vacanciers que l’honnête homme devra finalement tourner ses regards pour saisir l’essence de ce lieu qui tâche de construire une chimère paradisiaque, celle d’un été sans fin qui est celui de l’enfance, des gâteaux de sable et des rires qui s’envolent dans la chaleur étouffée des soleils couchants.

On ne compte plus les familles, les lignées qui d’année en année, de génération en génération retourne au même endroit, se baigner dans la même eau et se rappeler indistinctement les premières amours quand la pérennité d’un je t’aime durait quinze jours pour secouer l’âme jusqu’à la mort.

Ils étaient alors secs comme des coups de trique, bronzés comme des marins et plongeaient des hautes digues loin du rivage en ignorant la peur… Ils avaient quinze ans seulement et pensaient pour la première fois être des hommes. Ils regardaient les filles qui n’en finissaient pas d’éclore et pendant que les gamines couraient le cul à l’air, barbouillées de sable et les cheveux mêlés de sel et d’algues, les grandes soeurs couvraient pour la première fois leurs seins en ignorant que cette soudaine pudeur les rendaient plus indécentes que jamais qui soulignait ce qui était auparavant invisible.

Ils avaient sept ans à peine et gouvernant des châteaux de sable, ils luttaient jusqu’à la mort ou jusqu’au goûter face aux flots déchainés de la marée montante. L’été durait deux mois, c’est à dire toujours et maintenant il dure quinze jours, c’est à dire trop peu.

Et chaque année, malgré la fatigue et l’âge et la pauvreté, la transhumance recommence, et on observe à nouveau le ballet des jeux et les chorégraphies des séductions adolescentes.

Et malgré les dunes éventrées, malgré le tape à l’oeil des commerces, malgré l’odeur grasse des grillades et des huiles dont on s’asperge pour mieux brûler vite et bien, malgré les embouteillages qui durent plus que les bains, tout dans la station balnéaire, son architecture sauvage, ses plantations incongrues et ses migrations klaxonnantes, tout ce fatras est un humble hommage déposé aux pieds nus chaussés de sandales en plastique  de cet enfant qui mange du sable en riant, de cette jeune fille qui met son premier bikini avec l’émoi d’une jeune mariée enfilant une robe immaculée. Et tant qu’ils riront de tout ou rougiront d’un rien, il y aura derrière la laideur du béton, la beauté de l’enfance qui comme la mer est toujours recommencée.

(Ce texte est dédié à Guillaume, Amélie, Julie et Lou…)

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Je t’ai à l’oeil

Jeudi 01 Juillet 2010 à 18:19 - Catégorie: Fugitives
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Je suis obnubilé par ces histoires de regard et de vision. Mais je ne peux pas les écrire sans verser dans un intime qui ne m’appartient pas.

Je joue mentalement avec l’idée et tâche de résumer l’amour à un comptine. Comme si nous chantions l’amour alors que c’est bien le contraire, c’est l’amour qui nous chante, jusqu’à ce qu’il se fatigue de nous.

Tout se résume à ces visions.

D’abord, je t’ignore. Puis je te vois parce que tu m’apparais. Puis je te vois sans cesse, même quand tu es absente, surtout quand tu es absente. Puis je te vois sans cesse, à mes côtés. Puis je ne peux plus te voir parce que tu es toujours à mes côtés. Puis je te vois sans cesse parce que tu n’es plus là. Puis je ne te vois plus. Et je te regrette.

J’hésite beaucoup en ce moment. Entre le scalpel et la plume à l’encre rose…

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Travailler son méchant

Mercredi 30 Juin 2010 à 11:41 - Catégorie: Citations
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« Fantômas !

— Vous dites ?

— Je dis… Fantômas.

— Cela signifie quoi ?

— Rien… et tout !

— Pourtant qu’est-ce que c’est ?

— Personne… mais cependant quelqu’un !

— Enfin, que fait-il ce quelqu’un !

— Il fait peur !!! »

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Meet me in Montauk

Mardi 29 Juin 2010 à 13:46 - Catégorie: Mensonge
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Il y aurait, dans ce grand chalet au sommet des dunes, face à l’océan, de longues veillées autour du piano qui jouerait cette même ritournelle qui plait tant à tous. Dans la grande salle, il y aurait ce parent mort, assis confortablement, un peu embarrassé de s’être un jour suicidé mais dont le rire clair rassurerait le conjoint survivant. Celui-ci ne se tiendrait plus écrasé par le deuil, mais debout à servir à la cantonade un vin léger. Il y aurait cet aïeul à peine connu, par le souvenir effacé, dont la présence discrète accentuerait le parfum de nostalgie. Sa main ne tremblerait plus, elle aurait juste la force et le poids de l’âge quand, posée sur notre épaule, il dirait à tous le jour de notre naissance et comment ce fût la dernière fois qu’il fut heureux avant de mourir… avant ce soir… Il y aurait nos frères et soeurs réconciliés, évoquant les jeux perdus, réunis à nouveau dans une complicité enfantine. Il y aurait les amis, les aimés, tous nos lointains, tous nos disparus, tous nos morts devisant comme si de rien n’était, ayant oublié comme nous les avions pleuré, se détournant parfois des conversations pour nous adresser un sourire inespéré, miraculeux. A l’étage, on entendrait la course de nos enfants, à tous les âges de leur vie, à tous ceux où nous avions été injustes, absents, mal-aimants. Leurs rires descendraient l’escalier pour venir se blottir dans nos bras et nous, le coeur battant à tout casser, nous plongerions le nez dans l’odeur de leurs cheveux. Nous les élèverions à nouveau avec attention et patience. La porte s’ouvrirait alors sur l’aîné, dégoulinant de pluie, revenu comme chaque soir du bout du monde où il était parti aimer, travailler, nous manquer. Il y aurait toutes nos amours – et leurs amours à elles -, toutes nos amours inconciliables auxquelles nous accorderions une égale et juste tendresse sans que rien ne soit plus jamais douloureux pour quiconque. Au dehors, la pluie et le vent redoubleraient de force et la cheminée crépiterait au rythme de notre pouls. Et nos étreintes éternelles dureraient mille éternités.

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Message personnel

Vendredi 25 Juin 2010 à 14:41 - Catégorie: Doppelgänger
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Je t’aime, mec.

Prends-ton temps, ça sera toujours un plaisir…

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On le sait, les humoristes ne sont pas sérieux. Ils riraient à leur propre enterrement s’ils le pouvaient.

Rien ne distingue a priori l’humoriste de l’honnête homme. L’humoriste va à la selle une fois par jour, est obligé de se couper les ongles régulièrement et trouve son enfant plus attendrissant que celui des autres. Tout au plus repère-t-on une plus grande proportion d’humoristes chez les gens qui ont subi une ablation du prépuce ou qui aiment prendre le thé vers 17h00. Cette adéquation statistique n’a encore à ce jour trouvé aucune explication logique. Si vous n’avez pas d’humour, inutile donc de vous faire hospitaliser ou d’adopter des coutumes barbares.

Non, la seule chose qui distingue l’humoriste de l’honnête homme, c’est qu’il pratique l’humour. Le mot est d’origine anglaise, on ne sait pas très bien ce qu’il peut signifier. Tout au plus peut-on constater que l’humoriste aime à relever autour de lui les détails insolites, ridicules ou absurdes de la réalité. Quand l’honnête homme voit en l’éléphant le dernier représentant des proboscidiens, l’humoriste lui ne voit qu’un animal au long nez… L’humoriste est un imbécile qui ne peut susciter de sympathie, puisqu’il le fait exprès. A contrario, on est en droit d’admirer l’honnête homme  qui, quand il se comporte comme un idiot, le fait bien malgré lui.

Certains humoristes, non content de se moquer de tout et de rien, et surtout des choses d’importance, décident même de faire profession des rires gênés qu’ils provoquent. Ils ajoutent alors à l’ironie et à la satire un cynisme intolérable et rémunéré. Pendant ce temps, l’honnête homme lui sue sang et eau pour nourrir sa famille en fabriquant des missiles, en éduquant des sauvageons ou en étant sélectionneur d’une équipe de foot.

L’humoriste n’est donc pas qu’un imbécile volontaire, c’est aussi un salaud. D’ailleurs, il n’était pas rare qu’Hitler raconte des blagues juives en fin de repas… Nous devrions nous féliciter chaque fois qu’un honnête homme vire un humoriste. Surtout quand cet honnête homme est lui-même un humoriste repenti, revenu de l’enfer des coussins péteurs et des contrepets. Philippe Val faisait des spectacles comiques dans les années 70, accompagné d’un sinistre gauchiste qui a fini en prison à cause d’une blague pas drôle. Mais la vie de Philippe Val a changé quand il est entré en Résistance, guidé par l’esprit des Lumières, contre la Nuit Humoristique : il a d’abord courageusement tenu la chronique la plus prodigieusement emmerdante d’un hebdomadaire satirique avant de diriger une station de radio d’une main de fer. Dans les deux cas, il s’est astreint à virer des humoristes. Et il a bien fait.

Un bon humoriste est un humoriste viré. Je vous l’avoue, je doutais des qualités de Stéphane Guillon et de Didier Porte, le premier me faisait rire un peu et l’autre à peine. La chronique radio suppose des contraintes d’écriture telles que seul un authentique génie du verbe pourrait y être toujours drôle. La mise en scène de soi que suppose la chronique entraîne l’écriture dans des jeux d’égo où l’on perd facilement l’humilité que devrait garder tout humoriste, car se moquer de tout, c’est surtout se moquer de soi. Je ne crois pas Stéphane Guillon et Didier Porte aient toujours franchi haut la main ces deux obstacles (et j’en serais pour ma part tout à fait incapable…) mais ils ont tout de même réussi quelque chose. Car la dernière contrainte qui s’imposait à eux, était celle du salariat, de la commande, de la discipline et de la ligne éditoriale. En s’en moquant, ils se sont fait viré et ont prouvé qu’ils étaient d’authentiques humoristes. Ils ont ri à leur enterrement.

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(où le commentateur arrive à caler trois noms de philosophes super durs à orthographier tout en s’adressant au plus grand nombre…)

L’équipe de France de filosophie fait une piètre prestation au Mondial des Idées.

La pute

Tout commence, pour le quidam qui comme moi ne s’intéresse à la filosophie qu’en dernier ressort de conversation, sur un radeau de fortune ou dans un ascenseur coincé entre deux étages depuis plusieurs jours, par l’affaire Ribéry, métaphysicien de génie dont la vivacité intellectuelle et les multiples appuis sophistiques laisse les contradicteurs pantois…  Péripatéticien forcené, on apprend qu’il a utilisé les services d’une péripatéticienne, mineure au moment des faits. La pauvre (quoique ses émoluments dépassent largement nos salaires), la pauvre femme devient encore plus publique qu’elle ne l’était et déclenche une vague de réactions agressives allant du quolibet beauf à l’insulte la plus vile. Si elle n’était déjà rasée, nous l’aurions tondue.

Puis c’est Anelka, surhomme nietzschéen, pamphlétaire reconnu depuis des années pour l’acuité brutale de ses invectives, qui, pour insulter son entraîneur, lui attribue une mère entraîneuse, la similitude fait sourire. Le philosophe se considère bien supérieur à la prostituée, il fait des pieds-de-nez au pieds-de-grue, et sa pensée  s’accorde en cela à celle du cosmos.

L’Ane Elka

Anelka, qui n’a encore de distinction(s) que sportives, est donc un polémiste renommé depuis des années, qui pourrait avoir une fonction essentielle dans l’équipe de France de filosophie. C’est un attaquant, adepte d’un jeu court et violent, au verbe haut, propre, pour peu qu’il soit bien entouré, à semer la panique dans n’importe qu’elle argumentation adverse. Au lieu de remplir le rôle pour lequel il a été sélectionné (terme au combien révélateur de ce que sont, au fond, ces filosophes), Anelka a préféré insulter son entraîneur. C’est certes un piètre entraîneur, il n’y a pas besoin d’avoir lu Kierkegaard pour s’en rendre compte, la lecture d’une feuille de résultat suffit. Mais quoi, c’est son entraîneur… Il est donc prié par le collège des sages de la FFF, Fédération Française de Filosophie, de retourner à Cambridge ou Oxford, je ne sais plus, réviser sa fénoménologie.

On attendrait de son capitaine et de ses coéquipiers un peu de réserve et de travail pour combler le trou creusé par le départ du champion et pour ressouder un groupe qui a montré sur le terrain un collectif assez douteux.

Le traître

Hélas, les joueurs n’ont pour le coup pas fait preuve de filosophie et ont à la fois décidé de faire grève et de faire la chasse au traître qui a laissé fuiter l’altercation.

Car il y a un traître dans l’équipe ou le staff… Soit. Et son crime serait, paraît-il, pire que celui d’Anelka. Quel rapport avec la filosophie me diriez-vous…

Il convient de se pencher un peu sur ce mot : traître. Dans l’imaginaire collectif français, la figure du traître découle de deux personnages, la balance et le collabo. L’un comme l’autre révèle des informations tenues secrètes par un petit groupe. Et la révélation de ses informations menace la sécurité de ce groupe. L’analogie est juste. On en attend pas moins de la part de nos filosophes et de leur rigueur dialectique. La balance dénonce les crimes et délits commis par des criminels. On peine à comprendre en quoi le terme peut être péjoratif. C’est qu’on l’associe à une forme de collaboration avec un pouvoir ennemi. Car c’est bien la figure du collabo qui est plus profondément interpelée. Le collabo dénonce des résistants juifs homosexuels communistes. Si le nazi représente le mal universel, le collabo représente, lui, le mal universel avec un béret et une baguette sous le bras, c’est l’Antifrance moderne (post 1945). Et il y a un collabo dans l’équipe de France de filosophie. J’ai du mal à comprendre en quoi son crime peut-être pire que celui d’Anelka, en quoi révéler une altercation met un groupe plus à mal qu’avoir une altercation au sein dudit groupe. Il y a là une aporie qui dévoile les difficultés logiques de l’équipe de France et laisse présager, surtout si faisant grève, ils refusent de relire Wittgenstein, de futurs piètres résultats de la part de nos filosophes. Ce qui nous empêcherait de bien rigoler pendant les fases finales.

(Coïncidence : alors que je fumais une clope entre deux lignes, j’ai assisté à un délit de fuite routier suite à un accrochage qui a laissé un motard à terre au milieu d’un rond-point, qu’on se rassure il va bien. Il va de soi que si j’avais pu relever le numéro de la plaque minéralogique et le transmettre à qui de droit, je serais devenu pour l’auteur du forfait, une balance ou un collabo : une pute…)

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Le pré carré

Samedi 19 Juin 2010 à 14:28 - Catégorie: Doppelgänger
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Voilà que j’ouvre enfin Le Livre de l’intranquillité à la première page. J’en connais quelques citations superbes, et je l’ai feuilleté plusieurs fois avec plaisir en y piochant une espèce de poésie dérisoire et sensible avec beaucoup de plaisir. De Pessoa ou de la littérature lusophone en général, je ne sais rien. Je commence ma lecture presque vierge de toute idée autre que celles que j’ai lues dans ce livre.

Et voilà qu’un hors texte signé de trois personnes intelligentes contrôle mon entrée dans le livre. J’ai une casquette, des baskets, il n’est pas dit qu’on me laisse entrer comme ça. A l’intérieur de la boîte de nuit, on s’éclate entre gens bien qui savent ce que l’on doit savoir, pensent ce que l’on doit penser, écrivent ce qui doit s’écrire de Pessoa et de son livre. Et les videurs de la boîte, les muscles gonflés de leur bagage, me tiennent en dehors du texte pour m’expliquer que je dois enlever ma casquette et mes baskets et être bien poli.

J’aime de moins en moins cette façon qu’on a de garder les chefs-d’oeuvre derrière un rempart historique, culturel, hagiographique, critique que je dois franchir à chaque fois que je m’attaque à un classique.

Surtout que dans le cas des chefs-d’oeuvre, le hors-texte n’arrive presque jamais à la cheville du texte. Le marchepied est trop bas.

Et puis cette façon, de disséquer précisément le cadavre de Vénus – les aiguilles plantées dans sa peau écorchée, dans l’odeur des conservateurs – avant qu’on ait pu la lire, la voir, la humer pour de vrai me semble l’affaire des nécrophiles plutôt que la mienne…

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C’est loin… C’est du boulot…

Lundi 14 Juin 2010 à 16:53 - Catégorie: Doppelgänger
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La campagne se résume pour mes amis citadins à deux assertions qui se veulent définitives et qui condamnent par avance les lieux. Chaque fois que je leur parle de la maison, ils me disent : “C’est loin !” et quand je leur montre le jardin, ils me disent : “C’est du boulot !”

C’est loin… Certes, comme tous les lieux d’ailleurs. Je vais enfoncer la palissade ouverte : les lieux sont loin par définition. Quand vous vous trouvez en un lieu, vous êtes de fait éloigné des autres. La question est plus, loin de quoi ? Je me trouve quant à moi plus proche. Je me heurtais l’autre jour à ces leçons de choses que je dispense presque malgré moi au Petit Bouddha et à Ma Demoiselle dans ce fameux jardin. Je leur montrais, sur une mauvaise herbe, la gangrène noire des colonies de pucerons sur lesquelles des fourmis venaient recueillir le miellat. Le doigt précepteur et le ton docte pourtant, leur indifférence n’en était que plus éclatante : le petit Bouddha se passionne bien plus pour le transport de gravier et Ma Demoiselle pour les corolles virginales des marguerites. Mais cela compte pour moi d’être proche de ces pucerons et de ces fourmis, de l’immensité du ciel, de l’odeur de la terre après la pluie, du ballet des hirondelles et de la promesse des vignes. De quoi suis-je éloigné alors de nécessaire ? De la ville, l’utérus dans lequel il ne fait jamais nuit, dont les cordons ombilicaux fixés à mes yeux, ma bouche, mes oreilles, mon anus et mon sexe me remplissent et me vident continûment. Ce va et vient constant des canaux urbains, des égouts, des rues et du réseau fait de la ville une mère infiniment aimante, parfaitement nourricière, dont on ne peut ou veut plus se détacher. S’en éloigner est insupportable… Plus en tout cas que d’imaginer que la ville est tout à fait le contraire, qu’elle est d’abord anthropophage, qu’elle crée une satiété illusoire pour pouvoir mieux se nourrir de ses petits qu’elle gave. Qu’elle est allumée jour et nuit pour pousser ses enfants à travailler 24h00 sur 24h00 à son expansion. Et qui les abandonne sur des cartons quand ils ne sont plus capables de suivre le labeur permanent. La ville est le trou noir de l’espèce humaine, leur centre de gravité. Et Dieu, qu’ils sont graves, les citadins !

C’est du boulot… Je regarde le jardin qui n’en fait qu’à ses têtes. Les framboisiers s’écroulent sous leur propre poids, les merles pillent les cerises, les fraisiers sèchent dans la serre et l’herbe, ou plutôt la multitude d’herbacées, de graminées et de plantes à fleur que l’on réduit au nom d’herbe, fera bientôt la hauteur de ma fille. Il m’a fallu deux heures pour nettoyer à la fourche et à la serfouette un petite parcelle du potager dans laquelle des arbres commençaient à pousser. J’en suis encore à opposer au travail constant du soleil et de la pluie des efforts épars et désordonnés dont l’inefficacité est tout à fait réelle… J’ahane, je force, je fais violence à la terre et à moi-même. C’est du boulot… C’est sûr… C’est surtout une excellente excuse pour être dehors, sous le soleil, à transpirer pour soi. Puis peut-être s’asseoir et apprendre à lire ce jardin bien avant que d’y écrire mes propres légumes. Cela me prendra quelques années pour trouver ce même rythme indolent et robuste que font l’alternance des jours, des saisons et des gestes paysans.

Les marguerites transpercent la pelouse ? Cela ne les empêche pas de le faire avec grâce et sans doute quand j’aurai enfin les moyens de me payer une tondeuse les contournerais-je en tâchant d’avoir dans le geste la même délicatesse qu’elles ont à dresser sur un tige incroyablement fine, presque fragile, les petits soleils que le grand a déposé chez moi.

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