Compromis, choses dûes

Lundi 21 Mars 2011 à 15:21 - Catégorie: Doppelgänger
Tags:

L’amour partagé n’est pas un état, c’est simplement une fêlure dans la triste condition de chacun. Une interruption temporaire de la solitude et de l’effroi. Une pause sur le champ de bataille de l’humanité fasse à la mort. Chaque année, les  victimes sont de plus en plus nombreuses et toujours dans notre camps. C’est l’illusion merveilleuse du bal au milieu des tranchées.

J’aurais voulu danser un peu ces deux semaines. Faire quelques pas de deux, un paso noble ou une bourrée, qu’importe, mais je m’ennuie au bal et passent les ballets. On connait la chorégraphie et que le pas soit lourd ou aérien, il y a toujours moyen de trouver une partenaire. Mais il faut alors faire des promesses, ne pas s’arrêter en chemin, sinon, n’est-ce pas, on est une allumeuse…

L’amour partagé est un contrat tacite scellé d’un baiser. Et je ne veux baiser que toi.

(… Bien plus tard…)

Je vais te faire les vraies promesses, mon amour, celles que je ne pourrai jamais trahir, de celles que tous ceux qui s’aiment devrait se faire, avant d’entamer les libations. Je ne te parlerai pas de toujours, de jamais, d’assistance, de fidélité, d’éternité.  Je ne te ferai pas de serments par coeur, mon amour, non… évoquons plutôt le futur que le conditionnel… je te parlerai des serrements de coeur. Je ne soumettrai pas mes promesses aux tiennes. Je m’engage librement et totalement. Quoique tu fasses, mon amour, je m’engage à te faire souffrir.

Je te promets que nos étreintes du jour seront les brises de demain. Ton corps désarticulé dans un lit sépulcral, ne sachant contre qui ou quoi se lover, pantin dérisoire dont la vie ne tiendra qu’à un sans fil, quand je ne rentrerai plus. Tu sauras alors ce que sont les beaux draps et le linceul.

Je te promets que nos baisers du jour seront les poisons de demain quand tu y sentiras l’haleine d’une autre ou mon dernier souffle.

Je te promets que chacune de mes caresses t’écorchera un jour, te creusant comme j’avais creusé tes intimités, remplaçant la volupté par la douleur et le désir inassouvi, te faisant pleurer les orifices, te les faisant saigner inexplicablement… Je te promets d’enlever ta peau et de mettre chacun de tes nerfs à l’air vif.

Je te promets que tu voudras te crever les yeux chaque fois que tu me chercheras du regard et que tu verras un étranger, un indifférent, un salaud.

Je te promets que tu vas en baver, que tu prendras des coups, mon amour, des mauvais coups,  des sales coups, et puis un gros coup de vieux… Ton corps que j’aurais sculpté chaque jour de mes mains, pour qu’il se tienne ferme et droit, s’affaissera, s’effondrera, se recroquevillera sous les coups de tête, les coups de poing, les coups bas, les coups de feu, mes quatre cents coups et tu ne seras plus bonne qu’à gésir.

Je te promets que, de toute cette vie que nous avons tissée ensemble, ne resteront que des vestiges qui donneront le goût de putréfaction aux plats que nous partagions, qui terniront les lieux aimés, qui trahiront les complicités et que rien de ce qui fut heureux ne le restera tout à fait.

Tu as ma parole, mon amour, et c’est tout ce qui te restera. Cette certitude qu’un jour, au moins, je ne t’aurais pas menti.

Alors seulement, quand tu auras supporté cela, tu pourras dire que tu as aimé.

Alors seulement, tu pourras chercher dans d’autres bras la consolation. Mais ils t’aimeront moins que moi… Ou alors, il te faudra savoir que tu souffriras un jour à nouveau, d’égale façon.

Lien Permanent Comments Feed 2 commentaires

  1. Nina - 21/3/2011 - 20:44

    C’est bien vu ! Et bien dit.

  2. LOBO - 22/3/2011 - 11:11

    Merci Nina…

» Laissez un commentaire