Proust écrit (2)

et j’écoute hébété sans m’occuper de dieu ni de diable, il était une voix, Grimm revisité, soprano conte, conte, ce conte de moi me guide, j’ai dit que la voix murmurait, Proust ou moi c’est pareil, lui, moi, des milliers d’autres, nous tendons l’oreille au même coquillage et suivant les sensations reçues nous dirons chacun notre manière, ce sera tel texte, tel autre, il s’agit de respirer, oh je veux bien à l’occasion critiquer la société, elle s’y prête je peux bien m’y adonner, mais le récit qui se fait au tympan au fond se moque de penser contre ou de penser tout court, s’il faut vivre eh bien écrivons, chanter dans la nuit gêne à peine les voisins, au fait c’est à peine croyable ce qui se dit là-bas, fatalité de la mâchoire inférieure, grommelé, l’essentiel est à la poursuite du vent passé, la bourrasque d’être, forte rage, la voix raccroche esquissant un moment des visages, je me souviens de la main de la Duchesse qui mouline dans l’air, sauf que la Duchesse, là, c’est ma mère,  à l’écoute du Duc de la Force, son mari, grave, droit, inutiles bras le long du corps, il a cette voix grotte caverne, pourquoi n’en use-t-il pas, on attend du père qu’il l’ouvre, tu vas parler, maintenant que tu es mort tu peux bien dire ce que tu celais sous les milliers de paroles qui brassaient du vide, qui est-il pour prendre tant de place en si peu de sens exhalé, soufflé dans la pièce comme bourrasque, l’enfant ronge son poing clos, je l’entends qui gémit, la plainte n’a jamais cessé, oui docteur c’est ce que je voulais vous dire, la plainte n’a jamais cessé, on est doublement punis quand on a été terrifié pareillement, on y perd ses ongles, on y perd sa vie, on y gagne des nuits oui, des nuits, des nuits non dormies, peu spirituelles, peu… très peu, on vit deux fois c’est tout, les nuits courent sous le sens ne tombent pas, gisent immobiles, sous titrage généralisant, tandis que juste au-dessus les mots disons se forment en une longue plainte, non cela je l’ai déjà dit, c’est une taupe qui rampe dans la mince bande mouchetée d’un récit, ne veut pas cesser, le serpent tout de noir filant, ce n’est plus moi, le retour oui, c’est moi, mais sinon dans la nuit inconsciente non, ah non, j’aggrave mon cas, je me la joue total, largement envahi par d’autres discours croisés, dans ce lieu que j’essaie de décrire, ce lieu d’écrire, il n’est aucune voix univoque on l’aura compris, c’est un chœur discordant, disons qu’aucun n’a le même diapason, bien sûr cela avance avec moi, avec mes pattes de taupe, cela coule et saigne partout tout le temps, je ne peux cesser de dissiper mon temps à la suite du commencement, une fois les premiers pas esquissés, l’ouverture puis la gigue puis la gavotte s’en viennent, approximations, douloureuses errances, marchant à la va comme je te pousse, c’est peu un filet, mais la minceur n’empêche pas le flot de s’arrêter bien au contraire, on dirait que l’allegro s’en trouve plus engendré joyeux comme à la fête populaire le carrousel repart de plus belle après qu’on a ramassé les tickets, la robe de la femme du manège tourne ce n’est pas répétition car le temps virevolte vers l’avant, des joyaux s’espèrent dans l’ avancée, on voit dégringolant les phrases qui resteront dans l’exaspération du toujours dire tandis que le vent celui qui mord ne consent pas à s’apaiser à bien prêter l’oreille l’appétit de l’avance alarme le vivant, il va bien falloir qu’un jour une voix dise ce qu’il en est de ce lieu, mais l’évoquant je le dévoile, je n’en suis pas sûr tant c’est abscons, je lui donne un aspect plutôt peu abordable comme on le dit d’une côte déchirée des roches et des crachins et dont la noire apparition sur le devant énorme remplit d’effroi et fait reculer les plus courageux capitaines ceux qui n’ont pas peur de la grandiloquence

Auteur : Raymond Prunier

Littérature, poésie, théâtre, traductions, poétique, rêveries.

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